Sacré

Quand l’invisible devient visible

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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Propre au christianisme oriental, l’art des icônes relève le défi de la représentation du divin. Retour sur l’invention d’une esthétique originale, à l’occasion de l’exposition Le mont Athos et l’Empire byzantin, proposée jusqu’au 5 juillet au Petit Palais, à Paris.

Peut-on peindre Dieu ? Le faut-il, d’ailleurs ? En Europe, les catholiques ont vu leur peinture sacrée concurrencée puis quasiment supplantée par la modernité artistique éclose à la Renaissance. Les protestants, méfiants envers ce qui pourrait brouiller le rapport direct du croyant avec le divin, ont généralement prohibé les images pieuses autres qu’éducatives. Quant aux chrétiens orthodoxes issus de l’Empire byzantin, dans les Balkans ou en Russie notamment, ils demeurent fidèles à l’art de l’icône. Mais la question hante la religion chrétienne depuis ses origines.

Dès les premiers siècles de notre ère, elle a dû surmonter l’interdit biblique frappant toute représentation d’un Dieu absolument transcendant. Dans une aire culturelle gréco-latine, les chrétiens ont combattu le polythéisme et un culte des représentations divines, considéré comme de l’idolâtrie, où l’adoration du symbole remplacerait celle du divin. Si une image chrétienne de Dieu était possible, elle devait être puissamment justifiée face au judaïsme et à l’islam et éviter toute confusion avec un paganisme encore vivace…

Ces discussions, qui occupent les théologiens durant des siècles, prennent parfois un tour politique violent, notamment lors de ce qu’on appelle les querelles entre les iconoclastes, opposés aux VIIIe et IXe siècles aux représentations de Dieu, et les iconodules, partisans des icônes. Il y eut des empereurs byzantins, des philosophes et des théologiens iconoclastes, jusqu’à ce que le septième concile, en 787, puis, après une nouvelle période de contestation, « la victoire de l’orthodoxie », en 843, affirment la possibilité d’une image de Dieu, à condition que celle-ci ne soit pas adorée, mais que soit vénéré celui qui est représenté par cette image.

 

La Sainte Face

École de Novgorod, XIIe siècle, galerie Tretiakov, Moscou

L’argument principal avancé par les défenseurs de l’icône consiste à affirmer que l’image exprime avec force le dogme central de la religion chrétienne, celui de l’incarnation. L’un des fondateurs de ce qu’on a appelé, au XXe siècle, la « théologie de l’icône », Léonide Ouspensky (1902-1987), peintre et théoricien de l’icône, écrit ainsi que « l’image est […] propre à la nature même du christianisme, car celui-ci est la révélation non seulement du Verbe de Dieu, mais aussi de l’Image de Dieu manifestée par le Dieu-Homme. L’Église enseigne que l’image se fonde sur l’incarnation de la deuxième Personne de la Trinité ». Puisque Jésus est la manifestation humaine du Dieu invisible, qu’il est à la fois, pour les chrétiens, pleinement Dieu et pleinement homme, il peut être représenté.

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