À quel âge devient-on vieux ?
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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les Français, interrogés par sondage, s’accordent sur 75 ans environ, mais ajoutent aussitôt – ce qu’ignorent les sondages – que ce n’est pas une question d’âge ; que les artères comptent moins que le cœur ; et que, peu importe les ans, pourvu que l’on reste jeune d’esprit.
L’âge de la vieillesse est donc très relatif de nos jours comme jadis. Face à un Caton toujours fringant à 80 ans, Montaigne se voyait vieux à 40 (pourtant loin d’être sénile !) ; et à l’époque de Balzac, une « femme de trente ans » avait sa vie derrière elle. Mais aujourd’hui que les technologies médicales et cosmétiques nous permettent de réparer des ans l’irréparable outrage, le seuil semble être plus brouillé que jamais. Il se joue davantage dans la trame des existences que dans le calcul du nombre de saisons.
Partons donc d’une autobiographie : le début des Cool Memories du philosophe Jean Baudrillard. Il y raconte comment, un matin d’octobre 1980, il eut le sentiment de vivre « le premier jour du reste de sa vie ». Jusqu’ici, il avait grandi, progressé, espéré des expériences nouvelles et toujours plus intenses ; et puis un jour, il sentit que cela était derrière lui : le grand amour, son meilleur livre, ses enthousiasmes les plus forts. « C’est fait, c’est comme ça… c’est ici que commence le reste de la vie. » C’est là une belle, et peut-être même grandiose définition de la vieillesse. Car elle respecte son ambivalence profonde. On peut, en effet, se désespérer d’un tel constat comme l’on peut s’en nourrir. De ce choix dépend que la vieillesse soit une tragédie ou une nouvelle aventure. « Le reste est ce qui vous est donné par surcroît, et il y a un charme et une liberté particulière à laisser se dérouler n’importe quoi avec la grâce, ou l’ennui, d’un destin ultérieur. »