Belgique / Attentats

Quelques secondes avant l’horreur : le mirage du futur antérieur

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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le cliché des terroristes de l’aéroport de Bruxelles se lit au futur antérieur : d’ici quelques instant, ils auront massacré. Si cette photo provoque l’effroi, elle nous incite aussi à réfléchir sur notre possibilité d’agir sur le présent pour empêcher un drame à venir.

Pourquoi la photographie des trois terroristes poussant des chariots à l’aéroport bruxellois de Zaventem le 22 mars dernier nous saisit-elle à ce point ? Parce qu’on y contemple le moment où trois hommes avancent vers un carnage imminent. Sur la gauche de la photo, Najim Laachraoui, malingre, chevelu et barbichu. Au centre, l’un des frères El Bakraoui, plus grand et enveloppé. Tous deux portent un seul gant, à la main gauche, et sont vêtus d’un pull noir. Plus à droite, légèrement en retrait, un homme en blanc coiffé d’un petit chapeau et chaussé de lunettes. Il s’agit de Mohamed Abrini, qui sera interpellé le 8 avril. Les caméras de vidéosurveillance ont capté le moment précédant celui où les bombes dissimulées dans les valises vont exploser.

Le contraste entre l’avant et l’après, entre l’image de trois jeunes gens partant en voyage et l’horreur de l’attentat est ici maximal. Dans l’histoire de la photographie, ces instants d’avant la mort étaient saisis de façon rare et exceptionnelle – qu’on se souvienne de la fameuse photo de la petite Vietnamienne nue fuyant les balles des soldats américains. Désormais, les caméras de surveillance transférant les films à des serveurs éloignés des lieux de leur captation, ce type d’images sera de plus en plus fréquent. Mais l’effroi que nous éprouvons en regardant cette image provient surtout de la temporalité spécifique qu’elle met en œuvre. Nous sommes au futur antérieur. D’ici quelques minutes, l’explosion aura soufflé le hall de l’aéroport et aura tué des personnes innocentes. Ce temps paradoxal, qui mêle le passé et le futur, concerne des événements considérés comme accomplis dans le futur de façon absolument certaine.

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