La notion
Qu'est-ce que l’“a-croissance” ?
© Peter Vahlersvik / istockphoto
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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine « Être démocrate, c'est quoi ? », en kiosque le 22 août 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Croissance ou décroissance ? Et s’il fallait dépasser cette alternative réductrice ? C’est la proposition du philosophe Gaspard Kœnig, qui défend la notion d’« a-croissance ». Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le préfixe privatif, l’a-croissance ne désigne pas un état stationnaire de la production dans tous les domaines. Il s’agit d’abord d’une rupture avec l’idéologie de la croissance, sur le modèle de l’a-théisme. Le concept remonte à l’économiste Serge Latouche, qui entend marquer avec ce terme « l’abandon d’une foi et d’une religion », comme il le dit dans L’Abondance frugale comme art de vivre (2020). Pour Gaspard Kœnig, le « vice » du productivisme est en effet d’être une course insensée, qui délaisse tout ce qui ne se quantifie pas. L’a-croissance est donc un rééquilibrage total : elle enjoint à consacrer moins de travail et d’énergie à des biens qui ne répondent à aucune nécessité pour faire plus de place à des biens non mesurables et pourtant essentiels à une existence épanouie. Et Serge Latouche de résumer : « Des tas de choses doivent croître comme la joie de vivre, la qualité de l’air et de l’eau que la société de croissance a détruits. Il s’agit de sortir d’une société de croissance dont la logique n’est pas de faire croître des produits pour satisfaire les besoins mais de faire croître à l’infini la production. »