Histoire

Qui a inventé la roue ? Et comment elle n’a cessé de se réinventer

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Qui a inventé la roue ? Et comment elle n’a cessé de se réinventer

Assemblage des pièces pour fabriquer des roues. Gravure de Bénard d’après Louis Jacques Goussier, 18éme siècle. © Wellcome collection

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La roue serait apparue il y a six mille ans en Europe centrale, dans les Carpates, selon une étude de la Royal Society of Open Science. Comment cette invention a-t-elle changé le destin de l’humanité ? Réponse avec l’historien Richard Bulliet, auteur de l’étude, et les philosophes Gilbert Simondon et Ivan Illich.


« Quand l’homme voulut pour son utilité donner du mouvement aux choses inertes, il n’imita point les jambes mais créa la roue. »
Guillaume Apollinaire, Écrits sur l’art (1913)

 

Quand a été inventée la roue ? Plusieurs thèses s’affrontent. Vers 3800 av. J.-C. en Turquie ? Vers 4000 av. J.-C. en Mésopotamie ? L’historien Richard Bulliet suggère, lui, que la roue est apparue dans les Carpates il y a cinq mille cinq cents ou six mille ans. C’est la thèse, développée avec son équipe, qu’il défend dans un article récent. Les premiers systèmes de roulements auraient été développés pour faciliter l’extraction minière. « Je pense qu’il est toujours possible que plusieurs civilisations aient découvert la roue de manière indépendante », reconnaît toutefois l’ingénieur Kai James, qui a assisté Buillet dans son travail. Précisée au gré des découvertes archéologiques, l’origine de la roue se perd dans l’obscurité du passé.

 

Une révolution circulaire

Une chose est sûre, cependant : la roue a été, dans l’histoire de l’humanité, une invention révolutionnaire. Elle est l’« une des réalisations les plus importantes pour la mobilité humaine », résume Pauline Wolff dans sa thèse soutenue en 2019 à l’Université de Montréal « L’urbanisme et le mouvement : discours d’une discipline naissante de 1849 à 1916 ». Comme l’écrit le philosophe Ivan Illich dans Énergie et Équité (1973), « à l’aube de la civilisation, l’invention de la roue transféra les fardeaux des épaules des hommes à la brouette ». Couplée à d’autres inventions (« invention du bridon, du collier d’épaules et du fer à cheval »), elle permit bientôt de multiplier « par cinq le rendement thermodynamique du cheval », transforma « l’économie en permettant de fréquents labourages et la rotation des assolements » et mit « à la portée des paysans des champs éloignés ». Dans le domaine de la guerre aussi, elle changea la donne, avec le développement du char. 

Cette invention, assurément, ne s’est pas faite en une fois et n’a cessé de se perfectionner. Le philosophe Gilbert Simondon l’explique dans le recueil de ses cours et conférences, L’Invention dans les techniques (2005) : « Comme médiateur entre le fardeau et le plan de roulement, la roue véhiculaire apparaît d’abord sous forme d’une série de rouleaux ou rondins » successifs dont la rotation permet de déplacer de lourds éléments. Cependant, ce « système […] manque l’auto-corrélation, car les rouleaux avancent à une vitesse qui est la moitié de celle du fardeau ». Le fardeau et les éléments du dispositif de roulement demeurent disjoints. Ce qui manque, c’est « un opérateur pour les recycler en les reportant les uns après les autres devant le fardeau. » Cette innovation, c’est « la roue avec axe et moyeu », « parfaitement corrélée avec le fardeau par l’intermédiaire du véhicule qu’elle porte : elle est comme un rouleau qui serait perpétuellement remis en place. » Seul inconvénient : « le système moyeu-axe produit des frottements ». C’est pour répondre à ce problème qu’est inventée la « roue à roulement », « synthèse de ces deux étapes de développement […] qui transpose dans le moyeu le système des rouleaux ». 

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