Littérature

“Salammbô” de Flaubert : écrire l’impossible

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Mrs. Algernon Bourke costumée en Salammbô, Tableau vivant à Blenheim Palace, 1897

Mrs. Algernon Bourke costumée en Salammbô, Tableau vivant à Blenheim Palace, 1897. © Londres, Victoria and Albert Museum

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Le musée des Beaux-Arts de Rouen consacre une exposition à Salammbô, de Flaubert. Roman énigmatique, qui plonge son lecteur dans la Carthage du IIIe siècle av. J.-C., l’ouvrage n’a cessé de fasciner. Sartre, en particulier, y décèle une quête de l’impossible.

 

Salammbô est, sans aucun doute, l’ouvrage qui demanda à Flaubert le plus de travail. « Il faut que j’aie un tempérament herculéen pour résister aux atroces tortures où mon travail me condamne. […] À chaque ligne, à chaque mot, la langue me manque et je suis forcé de changer les détails très souvent », écrit-il. À mesure qu’il rédige, la tâche se révèle insurmontable : « Pense un peu... à ce que j’ai entrepris : vouloir ressusciter toute une civilisation sur laquelle on n’a rien ! » – en l’occurrence, l’antique Carthage. Comment serait-il possible, se demande Sartre dans le deuxième tome de L’Idiot de la famille (trilogie inachevée, 1971-72), son ouvrage sur Flaubert, de « tirer du néant une société qui s’y est engloutie » ? De « donner l’être à ce qui est non-être » ?

“Ce qui ne peut pas exister”

L’épuisement de Flaubert, qui remet sans cesse son ouvrage sur le métier, n’est pas anodin. L’écrivain a choisi d’écrire « l’indisable ». Car c’est lorsqu’elle s’élance vers l’impossible que l’imagination révèle sa vérité, qu’elle se dévoile comme le lieu même d’apparition de la beauté. Selon Sartre, « ce qui est beau n’est pas simplement ce qui n’existe pas mais ce qui ne peut pas exister. Ce qui, en soi-même, a une telle puissance de non-être que l’évocation […] en est interdite. » L’imagination ne doit parler de « rien », comme le disait déjà Flaubert à propos de Madame Bovary, mais essayer d’en parler tout de même. Elle « se manifeste dans sa pureté […] à partir du néant » et « livre l’essence des “étants” avant qu’on les rencontre, ou quand on ne peut plus les rencontrer ».

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