Coup de fil
Ramin Jahanbegloo : “La mort du président iranien Raïssi n’est certainement pas un accident”
Téhéran (Iran), le 21 mai 2024. Une Iranienne passe devant une affiche du président Ebrahim Raïssi (au centre de l’image), deux jours après sa mort. © Majid Saeedi/Getty Images/AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Le crash de l’hélicoptère qui a coûté la vie au président iranien Ebrahim Raïssi va-t-il changer la donne ? Selon le philosophe iranien Ramin Jahanbegloo, le Guide suprême Ali Khamenei et les militaires des Gardiens de la révolution conserveront leur mainmise sur le pays. Mais cet accident, qui pourrait, d’après lui, être un attentat organisé par certaines factions du pouvoir, risque d’accélérer l’évolution du régime vers une dictature militaire. Explications.
Que pensez-vous de la mort d’Ebrahim Raïssi dans un accident d’hélicoptère ?
Ramin Jahanbegloo : Il ne s’agit certainement pas d’un accident. Le régime a sans doute supprimé le président, qui était devenu une personnalité embarrassante, à la manière de Vladimir Poutine qui a éliminé [l’ex-chef de la milice Wagner] Evgueni Prigojine après sa rébellion armée. Ce n’est pas la première fois que les Gardiens de la révolution, faction militaire du pouvoir iranien, provoquent de tels « accidents » aériens pour se débarrasser de dignitaires. Depuis son élection à la présidence en 2021, Ebrahim Raïssi était très critiqué en interne. On lui a notamment reproché son manque de vigueur dans la répression du mouvement « Femme, vie, liberté » qui a suivi la mort de Mahsa Amini en septembre 2022. Le Guide suprême Ali Khamenei et les Gardiens ont même dû intervenir publiquement pour réclamer une main plus forte.