Robert Castel : « Les individus ont perdu le sentiment de pouvoir maîtriser leur avenir »
Des ouvriers sur la chaîne de montage de l'usine Ford (cc) BiblioArchives - LibraryArchives / Flickr
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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Trois questions à… Robert Castel, sociologue et directeur d’études à l’EHESS. Ce spécialiste de la question sociale analyse l’impact des récentes évolutions du capitalisme sur le travail.
Selon vous, à quand remonte la « montée des incertitudes » ?
Tout le monde parle de crise, mais le récent cataclysme du capitalisme financier international n’est que l’épisode actuel le plus dramatique d’un changement de régime du capitalisme qui a débuté il y a trente ans. Le capitalisme industriel avait atteint un compromis entre le marché, la concurrence et la protection. Mais il a été dérégulé afin d’être « libéré » des entraves supposées à son autodéploiement, comme le droit du travail – trop contraignant –, la protection sociale – trop coûteuse –, l’État – trop pesant. D’où la décollectivatisation et la ré-individualisation du travail : dans les anciens bastions du capitalisme industriel comme chez Renault, on travaille en petites cellules, en embauchant des intermittents et en augmentant la sous-traitance. C’est la fin des anciens collectifs de travail. Les travailleurs sont mis en concurrence. Ils doivent être autonomes, développer leur esprit d’initiative. Ulrich Beck parle de « modèle biographique » dans les carrières professionnelles : l’avenir est devenu aléatoire. C’est ce que traduit le terme d’incertitude. Les individus ont perdu le sentiment de maîtriser leur avenir.