Entretien
Pierre-Henri Castel : “La grande leçon de la pandémie, c’est que la santé mentale des jeunes dépend largement de leur environnement”
Pierre-Henri Castel en 2018. © Hannah Assouline/Opale/Leemage
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Avec la succession des confinements et le sentiment d’isolement qui en découle, la santé mentale des plus jeunes se dégrade de façon inquiétante. Comment expliquer que ce soit dans cette tranche de la population que la crise sanitaire semble le plus difficile à vivre ? Pour le savoir, nous avons interrogé Pierre-Henri Castel, psychanalyste qui vient de faire paraître Mais pourquoi psychanalyser les enfants ? aux éditions du Cerf. Il insiste sur le besoin de « socialisation primaire » dont les enfants sont en partie privés depuis un an. Entretien.
Le déferlement d’états dépressifs et d’idées suicidaires chez les plus jeunes pousse les pédopsychiatres à tirer la sonnette d’alarme. La pandémie constitue-t-elle une crise sans précédent pour la santé mentale des enfants et des adolescents ?
Pierre-Henri Castel : C’est une manifestation typique de notre nouvelle sensibilité aux questions de santé mentale. Vous remarquerez que les pédopsychiatres parviennent à se faire entendre, alors que les gérontologues, qui ont dès le départ pointé les ravages de l’isolement sur les personnes âgées, ont eu plus de mal à faire valoir qu’on ne mourait pas juste de causes physiques, mais aussi de la perturbation des relations sociales. Oui, les pédopsychiatres s’inquiètent, et aussi ceux qui s’occupent des jeunes adultes, notamment les étudiants, ou de ceux qui sont restés en suspens entre fin d’études et premier emploi. Les inégalités de santé mentale sont notoirement criantes, selon le lieu de résidence, le niveau social, voire la capacité des institutions à compter les problèmes, etc. Mais ce qui reste éclatant, c’est à quel point la vie de relation des plus jeunes, leurs camarades d’école, les interactions avec les adultes, les enseignants, les moniteurs de sport, la vie hors du domicile familial, bref, toutes les opportunités de mener une vie autonome, tout cela joue un rôle majeur dans le bien-être intime.
Que nous apprend cette crise concernant la santé mentale des jeunes, selon vous ?