Entretien
Robert McLiam Wilson : “L’identité irlandaise consiste d’abord à s’opposer !”
Robert McLiam Wilson en 2007. © Ulf Andersen/Aurimages via AFP
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L’entrée en vigueur du Brexit a ranimé les tensions en Irlande du Nord. La crainte d’un durcissement de la séparation entre l’Irlande du Nord (rattachée au Royaume-Uni) et la République d’Irlande a donné lieu aux émeutes les plus importantes depuis des années. Robert McLiam Wilson, écrivain nord-irlandais qui a notamment publié Ripley Bogle (1989) et Eureka Street (1996), romans traitant des « Troubles » à la fin du XXe siècle, pose son regard, mi-ironique, mi-inquiet, sur les événements actuels.
Comment comprenez-vous ces violences récentes à Belfast ? Le Brexit en est-il la seule cause ?
Robert McLiam Wilson : Il faut rappeler en premier lieu que les émeutes chez nous, c’est globalement moins grave qu’ailleurs. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours vu ça. C’est une espèce de danse folklorique. Les parents amenaient leurs enfants voir les émeutes : « Tu vois, ça c’est des gens qui se battent. » Donc il faut bien comprendre que pour les Irlandais, brûler des bus, c’est avant tout un moyen d’expression. Et puis, c’est presque une question de tradition ! La BBC avait fait une adaptation d’un de mes romans et, à un moment, lors d’une scène d’émeute, un protagoniste a peur et s’enfuit. En voyant ça, mes amis se sont moqués de moi, parce que ce n’est pas comme cela que ça se passe. Si l’on compare aux Gilets jaunes en France, on voit que vous, vous aimez bien marcher et chanter, alors que chez nous c’est plus glauque. Il faut dire que nous habitons une ville un peu crade qui se prête bien à ce genre de manifestations. Cette fois-ci cependant, je crois qu’il y a une véritable revendication politique. Nous avons voté pour rester en Europe et nous avons été trahis. C’est un sentiment très fort. En Irlande du Nord, c’est particulièrement compliqué à cause de la frontière qui la sépare de la République irlandaise. Après des années de négociations pour adoucir le passage entre ces deux régions, on peut craindre que le Brexit ait des effets très contreproductifs, comme notamment un retour à une frontière dure. Elle ne va d’ailleurs pas servir à grand-chose de plus qu’à mettre de l’argent dans les poches de smugglers, les contrebandiers… Et cela affectera surtout les petits commerçants protestants, qui malgré leurs sentiments loyalistes envers le Royaume-Uni avaient majoritairement foi en l’Europe. Le lendemain de l’annonce du Brexit, je me suis dit : « L’Irlande du Nord, c’est fini, les Nord-Irlandais préféreront une réunification pour rester dans l’Europe » (même si j’étais personnellement plutôt contre car je n’aime pas le nationalisme, et ça aurait voulu dire qu’il avait gagné). Mais le Brexit reste encore une sacrée pilule à avaler pour les Irlandais du Nord. Ils sont placés face à un dilemme où ils sentent qu’ils doivent choisir entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni. Forcément ça se résout dans la violence. Et maintenant, il faudrait attendre gentiment… Vraiment, c’est quelque chose d’assez émotionnel.