Entretien

Roger Berkowitz : “Mamdani fédère autour d’un mouvement d’enthousiasme politique”

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Roger Berkowitz : “Mamdani fédère autour d’un mouvement d’enthousiasme politique”

Zohran Mamdani prononce son discours de victoire lors de la soirée électorale à New York (États-Unis), le 4 novembre 2025. © AP Photo/Yuki Iwamura/Sipa

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Jeune, charismatique, socialiste et musulman, Zohran Mamdani a créé la surprise en remportant les élections à la mairie de New York, aux États-Unis. Pour le philosophe new-yorkais et arendtien Roger Berkowitz, au-delà de la promesse d’une ville « accessible » et de son engagement sur Gaza, cette victoire est le fruit d’un nouvel enthousiasme partisan.


 

“Que Mamdani soit musulman n’a eu aucune importance dans son élection” Roger Berkowitz

Qu’avez-vous pensé de l’élection de Zohran Mamdani, candidat socialiste démocrate et musulman de 34 ans, à la mairie de New York ? 

Roger Berkowitz : J’ai d’abord été étonné. Jeune, intelligent, charismatique, Mamdami est totalement inexpérimenté alors qu’il s’apprête à diriger l’une des plus grandes villes du monde. Qu’est-ce qui explique sa victoire ? D’abord, la chance de ne pas avoir eu à affronter un adversaire solide. Lors de la primaire démocrate, Eric Adams, le maire sortant, a dû renoncer à briguer un nouveau mandat à causes d’accusations de corruption. La procureur de l’État, Letitia James, très populaire, ne s’est finalement pas lancée, tandis qu’Andrew Cuomo, son principal adversaire lors de l’élection finale, soutenu par l’establishment démocrate en dépit de sa défaite initiale à la primaire, était affaibli par des scandales de harcèlement sexuel. Ce vide a ouvert un boulevard à Mamdani. Mais il n’a pas seulement profité d’une situation exceptionnelle. Il a gagné sur deux enjeux : Gaza et l’accessibilité. S’il n’y avait pas eu Gaza, Mamdani ne serait pas maire de New York aujourd’hui. Au moment même où cette guerre prenait un tour paroxystique, l’engagement vibrant de Mamdani pour la cause palestinienne – et je dirais même son antisionisme radical – ont été un facteur galvanisant qui l’a mis à part et lui a permis d’acquérir une popularité exceptionnelle auprès de la jeunesse démocrate. Celle-ci s’est retournée contre Israël d’une manière inédite à New York, où réside pourtant la plus importante communauté juive dans le monde après Israël. Ensuite, il y a le projet de rendre la ville et les services publics « accessibles » à tous – l’« affordability ». Cela a fait mouche auprès d’une nouvelle catégorie sociale, que je serais tenté d’appeler la « classe mobile descendante » : des jeunes diplômés, qui ont fait des études supérieures et veulent être créatifs mais sans être obligés de travailler pour gagner de l’argent. C’est ce groupe social qui compose la majorité des Socialistes démocrates d’Amérique, l’ASD, auquel appartient Mamdani. L’engagement sur Gaza a créé une intensité idéologique auprès des activistes « décoloniaux », la promesse de l’accessibilité a mobilisé la gauche sociale et modérée. Les deux ensembles ont permis de constituer une majorité. Reste à trouver le moyen de gouverner.

 

Quel est le sens de la promesse d’“accessibilité” ?

Elle tourne autour de trois propositions : geler les loyers, rendre les bus gratuits et proposer des services de garde d’enfants et d’épiceries municipales pour tous. Ce programme ne cible pas les pauvres, il s’adresse à la classe moyenne et diplômée qui travaille à New York mais dont les salaires ne sont pas assez élevés pour y vivre et habiter car l’inflation immobilière y a explosé ces dernières années. Mamdami a raison : New York est devenue inaccessible aux classes moyennes.

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