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Samar (سَمَر)

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Cet article est issu du numéro 156 de Philosophie magazine « C’est quoi un bon Français ? », en kiosque le 13 janvier 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : arabe.

 

La fin de journée, lorsque s’installe l’obscurité, est un moment privilégié de nos discussions amicales. Le rythme effréné du temps social semble se mettre en pause, une fenêtre de latence s’ouvre au gré des échanges. La langue arabe possède un terme pour désigner ces discussions crépusculaires : samar (حفلة). Littéralement, le mot signifie « préservation », comme dans l’expression consacrée haflat samar, « soirée de préservation ». Ainsi que l’explique le linguiste Kenneth E. Bailey dans son article « Middle Eastern Oral Tradition and the Synoptic Gospels » (« La tradition orale moyen-orientale et les évangiles synoptiques », 1995), il s’agit d’un « rassemblement social » où l’on « récite les traditions de la communauté » pour « entretenir son stock de souvenirs historiques et de sagesse reçue en héritage ». Le samar est de ce point de vue indispensable à « l’auto-identification » du groupe social : dans la pénombre qui interrompt le cours ordinaire et trépidant du temps, le groupe rejoue les scènes qui constituent son origine. Le samar s’est en grande partie dépouillé de cette signification sociale mais pas complètement. Que font les amis quand ils se retrouvent autour d’un verre ou d’un repas ? Bien souvent, eux aussi se racontent les grands moments de leur relation. Il s’agit également de se régénérer par un retour aux sources et de forger l’identité narrative du groupe.

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