Opéra
“Satyagraha” de Philip Glass : un opéra indien en quête de vérité
Pré-répétition générale de “Satyagraha”, un opéra de Philip Glass, mis en scène par Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, le 4 avril 2026. © Yonathan Kellerman
C’est l’un des spectacles-événements de l’année : Satyagraha, de Philip Glass, est actuellement en représentation à l’Opéra de Paris. Inspirée à la fois de la biographie de Gandhi et du texte fondamental de l’hindouïsme, la Bhagavad-Gītā, cette œuvre monumentale de 3h30 nous parle de désobéissance civile, de collectif, de vérité… et bien plus encore.
« “Le matin, je baigne mon intellect dans la philosophie stupéfiante et cosmique de la Bhagavad-Gītā.” Comme Henry David Thoreau, je vous invite à plonger dans les baignoires cosmiques… de l’Opéra de Paris ! Le palais Garnier accueille Satyagraha, l’un des chefs-d’œuvre du compositeur américain Philip Glass, inspiré de la vie de Ghandi et du texte majeur de la pensée indienne, la Bhagavad-Gītā. “La Gītā n’est pas seulement ma Bible et mon Coran, elle est plus encore : elle est ma mère”, affirme le Mahatma. Créé en 1980, sur une partition minimaliste (remarquablement interprétée sous la direction du chef Ingo Metzmacher), avec livret composé par Constance DeJong, le spectacle est chanté en sanskrit, provoquant un heureux effet d’étrangeté. Porté par la voix d’Anthony Roth Costanzo dans le rôle-titre, l’opéra en trois actes (et 3h30) met en lumière la dynamique du mouvement de désobéissance civile – “satyagraha” signifie la “force de vérité”, soit la force d’âme opposée à la force physique.
Du singulier au collectif
“Les sens libérés, l’homme sage doit agir, impatient d’apporter le bonheur et la cohésion dans le monde”, chante l’admirable contre-ténor, dans ce discours qui relève moins du récit que d’un commentaire philosophique de l’action. Elle progresse, commençant par l’opposition personnelle à l’injustice, se poursuit par l’épreuve de la violence sociale et politique et aboutit à la formation d’un mouvement de résistance collectif. Les chorégraphies incarnent ces mouvements de violence et de résistance ; la mise en scène, elle, situe l’action dans les coulisses d’un théâtre – celui du monde – où siègent en observateurs, sur un balcon, Léon Tolstoï, Rabindranath Tagore et Martin Luther King. Ces derniers n’ont pas été les seuls influencés par les enseignements de la Bhagavad-Gītā, traduite en Europe à la fin du XVIIIe siècle : Schopenhauer (pour lequel la volonté est comme l’essence de toute vie), Emerson (théoricien du transcendantalisme), Thoreau bien sûr (concepteur de la désobéissance civile) ou Simone Weil, qui a même appris le sanskrit, en sont.
La promesse de la vérité
Gandhi et ses épigones n’incarnent finalement pas tant des apôtres de la paix – ils embrassent même plutôt le conflit – que les promoteurs d’une action menée avec détachement, qui n’attend pas de bénéfices immédiats mais vise la vérité. “Je nais âge après âge, et j’adopte une forme visible et homme, je me mêle aux hommes pour la protection du bien, repoussant fortement le mal et rétablissant la vertu sur son trône.” Ce sont les derniers mots de ce spectacle hypnotique, répétés à l’infini. Comme une promesse ? »
Satyagraha, opéra de Philip Glass joué à l’Opéra national de Paris, jusqu’au 3 mai. Infos pratiques. L’opéra sera retransmis en direct le 24 avril à 19h30 sur POP – Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra de Paris – et diffusé sur France Musique le 23 mai à 20h.
➤ Ce texte est issu de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi à 18h. Abonnez-vous, elle est gratuite !