Politique
“Sécurité du quotidien”, “intéressement et participation”, “coordination gouvernementale” : que révèlent les nouveaux noms de ministères ?
Le président français Emmanuel Macron, à gauche, et le Premier ministre Michel Barnier, à droite, rencontrent les membres du nouveau gouvernement lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au palais de l'Élysée lundi 23 septembre 2024 à Paris. ©AP Photo/Christophe Ena/Sipa
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L’annonce du nouveau gouvernement a suscité un engouement tout relatif. En revanche, certaines appellations inédites de plusieurs ministères intriguent. Éclairage philosophique.
« Sécurité du quotidien »
On ne s’étonnera sans doute pas, après un quinquennat et demi à évoquer les « incivilités », la « décivilisation » et l’« ensauvagement », de voir surgir dans le gouvernement nouvellement nommé un ministère délégué chargé de la « Sécurité du quotidien » auprès du ministre de l’Intérieur, confié à Nicolas Daragon (Les Républicains). On ne s’étonnera pas non plus que, parmi les rares références philosophiques mentionnées par Michel Barnier, on trouve Thomas Hobbes et sa célèbre formule tirée de Plaute : « L’homme est un loup pour l’homme. » L’État, écrit le Premier ministre dans son essai Vers une mer inconnue (1994), est « le lieu où se maîtrise le mieux le désir de pouvoir enraciné au fond de l’homme ».
“La ‘sécurité du quotidien’ évoque un sentiment continu d’ordre que la présence de patrouilles policières régulières pourrait suffire à susciter”
La sécurité est l’élément essentiel du contrat qui lie les individus à la puissance publique. Elle est la prérogative la plus fondamentale de celle-ci. L’État doit assurer par tous les moyens l’ordre pour permettre à chacun de vivre en paix sa vie quotidienne. Il est, écrit encore Barnier, « le meilleur obstacle aux ambitions des groupes particuliers qui, à un moment ou à un autre, voudraient asservir le plus grand nombre à leur loi ». Difficile de ne pas entendre, une critique à demi-mot du communautarisme. Les groupes, les factions, les identités sont dangereuses. Plutôt que de négocier, dans des situations concrètes, dans des géographies particulières, avec des réalités sociales en équilibre instable – c’était le rôle de la police de proximité dont la gauche réclame le retour –, la « sécurité du quotidien » évoque plutôt un sentiment continu d’ordre que la présence de patrouilles policières régulières pourrait suffire à susciter.
Dès 2018, Macron avait lancé l’idée d’une « police de sécurité du quotidien » (PSQ) pour remplacer la police de proximité. Marc Alcaïde, major responsable d'unité locale de police commentait dans Police, au secours ! (de Marc Niño, Éditions du Net, 2019) : « Je ne pense pas que la PSQ atteigne le bon public […]. On va toucher les commerçants, des associations de retraités ou sportives en patrouillant dans des quartiers et on va rassurer les personnes. C’est bien, mais le but est surtout d’aller dans [les] quartiers difficiles, de se montrer et d’échanger si on peut » – de créer « un lien ».
« Réussite scolaire et Enseignement professionnel »
« La baisse du niveau des élèves ». C’est ce que pointait déjà Alexandre Portier, à présent nouveau ministre délégué chargé de la Réussite scolaire et de l’Enseignement professionnel. Mettre la question de la réussite scolaire au centre des prérogatives du ministère de l'Éducation nationale est une manière de prendre ce sujet de la baisse de niveau à bras-le-corps.
“Pour s’atteler au chantier de la réussite scolaire, l’actuel ministre délégué Alexandre Pottier en appelle plutôt à aller voir du côté… des écoles privées, qu’il qualifie de ‘modèle qui réussit’”
Mais qu’est-ce qu’une scolarité réussie ? Mesure-t-on cette réussite au nombre de diplômes, au salaire des élèves en sortie d’école, au nombre de fautes d’orthographe qu’ils font ? Car comme l’explique le sociologue Bernard Lahire dans l’ouvrage collectif Enfances de classe (Seuil, 2019), la réussite ne se résume pas à des notes sur le bulletin scolaire, mais implique plus largement une certaine confiance en soi, une forme d’aisance sociale. Elle est liée au fait de se sentir légitime et autorisé à exprimer ses idées. Or ce sentiment se façonne essentiellement dans la famille, via l’éducation parentale. Celui qui s’attelle à la question de la réussite scolaire ne doit donc surtout pas négliger « les effets de la différenciation sociale et de la forte dépendance des enfants à l’égard de leurs parents et de leur environnement social, en portant l’accent sur un Enfant supposé acteur de sa socialisation et co-constructeur de ses savoirs ».