Cinéma

“Sirāt” : marche ou rave

Temps de lecture : 2 min

“Sirāt” : marche ou rave

“Sirāt”, d’Óliver Laxe, avec Sergi López et Bruno Núñez Arjona. © Pyramide Distribution

Que faire au fond, sinon danser ? C’est la question que s’est posée Ariane Nicolas en regardant Sirāt, d’Oliver Laxe, en ce moment à l’affiche. Car à travers la quête éprouvante d’un père pour retrouver sa fille, ce road movie zigzaguant au milieu de raves techno dans le désert marocain nous offre peut-être la métaphore du mois au cinéma…


 

Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !

 

« Luis, un père de famille taciturne et paumé (Sergi López), s’invite dans une rave party organisée au beau milieu du désert marocain dans les années 1990. Accompagné de son fils Esteban, il y cherche sa fille Marina qui a récemment pris la poudre d’escampette. Sur le terrain ocre balayé par les vents, les enceintes empilées comme les pierres d’un temple inca crachent une techno hypnotisante. Après une évacuation forcée de l’armée – une guerre semble se préparer dans cette zone disputée avec la Mauritanie – Luis s’engage dans un road trip dantesque. Il accompagne deux antiques camions de raveurs pour rejoindre une autre fête désertique où, pensent-il, Marina se situerait. Croisement entre Mad Max, Zabriskie Point et Le Salaire de la peur, Sirāt, du réalisateur espagnol Oliver Laxe, a envoûté le public au festival de Cannes, où il a reçu le prix du jury. Non sans raison. Âpre, aventureux, sans pitié, Sirāt est autant la quête dangereuse d’un être cher qu’une métaphore sous acide de la vacuité de l’existence. Que faire, au fond, sinon danser ? Le film s’oriente dans deux directions. D’un côté, il essaie de rendre visible, palpable, le phénomène magique par lequel des ondes traversent le corps humain et l’activent lorsqu’on danse. De l’autre, il déploie un joli motif, celui de l’effritement des corps et du monde, qui n’est pas sans rappeler un autre film de vraie-fausse apocalypse, Alpha, de Julia Ducournau (sorti le 20 août dernier). À l’image de cette roche grattée par les roues des véhicules, plusieurs personnages ont des corps amputés, comme raclés par la vie. Au IVe siècle avant J.-C., Aristote a tenté de décrire le phénomène amenant tout ce qui naît à disparaître inéluctablement, et qui implique le processus d’“altération” de la matière : “Il faut nécessairement considérer la production et la destruction des choses comme une simple altération” (De la génération et de la corruption). Les personnages de Sirāt ne sont pas les seuls à être “altérés” par cette expérience éprouvante. La montagne ressort pareillement métamorphosée. On comprend alors qu’un corps inerte peut aussi être, à sa manière, bien vivant. »

 

Sirāt, film franco-espagnol d’Oliver Laxe (1h55). Avec Sergi López, Jade Oukid, Bruno Núñez Arjona... Sortie le 10 septembre. Voir les séances.