Édito
Souplesse et profondeur
© Charles Berberian pour PM
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Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Voici une expérience dont nous sommes tous coutumiers : nous avons commencé un long roman, puis l’avons laissé en plan durant deux ou trois mois pour lui préférer d’autres lectures, avant de le reprendre aux alentours de la page cent cinquante ; ou bien, nous n’avons pas vu un vieil ami pendant deux ans, et nous le retrouvons pour dîner avec lui ; ou encore, nous avons beaucoup pratiqué un sport il y a de cela des années – mettons que ce soit le ping-pong ou la varappe –, l’avons complètement laissé tomber au point d’imaginer en avoir oublié jusqu’aux rudiments, et voilà que nous nous y essayons de nouveau. Dans chacune de ces situations, nous devons retrouver un langage, des sensations, des gestes, une atmosphère, nous réapproprier un monde disparu. Dans le cas du roman, il est probable que nous chercherons nos repères pendant une dizaine ou une vingtaine de pages, avant de repêcher le fil de l’intrigue ; avec l’ami perdu de vue, ce sont les fils des conversations anciennes qui ne vont pas tarder à se renouer, jusqu’à ce qu’il semble qu’on se soit quittés seulement hier ; et pour ce qui est du sport, nous découvrons que certaines aptitudes, la connaissance de certains mouvements techniques étaient restées inscrites dans notre mémoire non pas cognitive, mais corporelle, pour ainsi dire à notre insu. Cependant, la soudure ne se fait pas immédiatement, un certain laps de temps est à chaque fois nécessaire – ce que je propose d’appeler le délai d’immersion.