Stratagème no 62. Pratiquez la restriction mentale

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Énoncez un mot ou une expression dans un certain sens, puis donnez à votre parole une autre signification à laquelle ne s’attend pas l’adversaire. Supposons que la conversation porte sur les primaires d’une élection et que vous ne voulez pas révéler votre choix. Vous estimez que X, votre candidat, doit se déclarer le plus tard possible. Plutôt que d’affirmer : « Il faut que X attende le dernier moment », déclarez : « Il n’est pas bon pour X de se lancer dans cette bataille… », et pensez : « … avant que les autres candidats ne se soient tous déclarés ». En taisant la fin de la phrase, vous laisserez croire à votre interlocuteur que X doit finalement renoncer à se présenter. Votre adversaire, partisan de Y, vous prendra pour son allié et s’exposera à faire des confidences que vous pourrez retourner contre lui. Cette astuce, appelée « restriction mentale », consiste à diviser la vérité en l’exprimant pour moitié dans la conversation et pour moitié dans l’esprit afin de manipuler l’interlocuteur. Un tel stratagème demande de l’habileté, car il faut, pour berner l’adversaire, être sûr qu’il interprète le mot proposé dans un sens qui l’induira en erreur. Mais, lorsque ce point est acquis, vous pourrez facilement dominer le débat – la restriction mentale permettant de masquer son intention. En cas de contre-attaque, il vous suffira de plaider : « Je pensais que vous saisiriez le sens de ce mot de la même manière que moi. » Cette ruse est d’autant plus redoutable que celui qui l’utilise, ne mentant pas vraiment, n’a en général aucun problème de conscience.

Cet article est réservé aux abonnés