Stratagème no 63. Faites un “Corax”

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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Lorsque vous êtes mis en difficulté dans un débat, défendez-vous en affirmant que les arguments de votre adversaire jouent tellement sur la vraisemblance qu’ils en deviennent suspects. Imaginons que vous fassiez de la politique et que votre interlocuteur ait de bonnes raisons de penser que vous êtes corrompu. Répondez-lui : « Croyez-vous vraiment que je ferais de la politique si j’y voyais seulement un moyen de m’enrichir aux dépens de mes concitoyens ? » Que vous soyez effectivement corrompu ou pas, cette réponse vous donnera l’avantage, car elle fera de vous le premier défenseur du bien commun et de votre contradicteur un homme soupçonneux et mesquin. Ce stratagème est appelé « Corax ». Il tire son nom de son inventeur : l’élève d’Empédocle, le Sicilien Corax (Ve siècle avant notre ère), considéré comme le premier rhéteur de l’histoire et qui, selon Aristote, employait fréquemment ce procédé. Pour désigner cette technique manipulatoire qui consiste à dénoncer une attitude tout en l’adoptant, on dit aussi « se cacher dans la lumière ». C’est un mode de défense prisé par les accusés que tout accable. Lorsque, en effet, un criminel a un motif de meurtre évident mais aucun alibi, il peut s’exclamer, ainsi que le recommande Antiphon, contemporain de Corax et spécialiste de l’art oratoire judiciaire : « Si la haine que je portais à la victime rend vraisemblable les soupçons actuels, n’est-il pas plus vraisemblable encore que, prévoyant ces soupçons avant le crime, je me sois bien gardé de le commettre ? »

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