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Cet article est issu du numéro 92 de Philosophie magazine « Pense-t-on mieux seul ou à plusieurs ? », en kiosque le 20 août 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’aventurier autarcique

Votre égoïsme vous est toujours reproché ? Peu importe, car vous avez un maître à penser et pas n’importe lequel : Descartes. Comme lui, vous fondez votre conduite sur quelques maximes, arrêtées et solides. Descartes se promettait « d’être le plus ferme et le plus résolu » possible dans ses actions, de suivre son cap et de ne pas ressembler à ceux qui vont « tournoyant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ». Il tenait sa fameuse « ligne droite ». Voilà pour son éthique. Quant à son rapport à la vérité… Lorsqu’on veut savoir si les choses sont vraies ou fausses, il n’y a qu’une méthode possible selon lui : s’isoler et oublier tout ce qu’on a appris. Maintenant « que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions », dit Descartes, au début des Méditations métaphysiques. Ses anciennes opinions, c’est-à-dire ce qu’on lui a enseigné à l’école et ce qu’il a lu dans les livres. Il fait table rase de tout ce qu’il a appris, met en doute l’existence du monde et même de son corps, pour arriver dans sa méditation à une certitude : « Je suis, j’existe ! » Voilà la pierre de touche de la vérité, selon lui. « Je suis, j’existe ! », c’est le cri par lequel débute l’aventure d’exister. Et fi des gens indécis qui empruntent aux autres leur mode de vie ou leurs opinions.