Entretien

“TikTok est une machine à amplifier la violence” : entretien avec le député Arthur Delaporte

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“TikTok est une machine à amplifier la violence” : entretien avec le député Arthur Delaporte

Arthur Delaporte, président de la commission parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok chez les mineurs. © Xavier Bouzas/Hans Lucas/AFP

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Pour le député socialiste Arthur Delaporte, président de la commission parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok chez les mineurs, les conclusions sont claires : le réseau social chinois met certains jeunes en danger, parfois même en danger de mort. Il nous explique pourquoi.


Au début de l’avant-propos du rapport, vous citez Blaise Pascal : «Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Pourquoi ?

Arthur Delaporte : Quand Pascal écrit cette phrase s’ouvre un grand renouvellement de la connaissance scientifique du monde et de l’Univers. L’observateur averti se trouve alors face un tel inconnu qu’il est pris de vertige et d’effroi. En un sens, la classe politique tente d’appréhender un espace numérique mystérieux qui pourtant façonne les rapports entre les individus comme leur rapport au monde. Face à TikTok, et aux réseaux sociaux en général, nous pouvons ressentir aussi une sorte de sidération, d’effroi. Cependant, à la différence des lois du cosmos, nous, responsables politiques, avons là le pouvoir de changer les choses, le devoir même. Analyser les influenceurs et la mécanique des plateformes numériques nous montre aussi des pans entiers de notre société que le politique doit s’approprier. Je pense notamment à la manière dont Sandra Laugier analyse les séries, perçues par certains comme un genre trivial, alors qu’elles sont un vecteur essentiel de transmission de valeurs partagées, révélant notre rapport au monde tout en le façonnant. Il en va de même pour les réseaux sociaux. Il y a deux ans, quand j’avais évoqué l’ignorance du cadre législatif chez certains influenceurs et cité, dans l’Hémicycle, le nom de Maeva Ghennam, c’est comme si – pour certains collègues – je m’étais abaissé à quelque chose de vulgaire ou de dissonant pour la représentation nationale. Non, je crois que le législateur doit arpenter la totalité des sphères sociales, surtout quand il y a une partie de la population qui est mise en danger. 

 

Pourquoi la commission s’est particulièrement penchée sur le réseau TikTok ?

Au début, j’étais plutôt partisan d’un élargissement à tous les réseaux sociaux. Je ne voulais pas non plus que nous restions centrés sur les mineurs, puisque les majeurs sont tout autant victimes des effets psychologiques délétères de ces réseaux sociaux. Cependant, il est apparu que le temps d’une commission d’enquête est assez court et que TikTok est, quand même, une plateforme redoutable dans l’art de la rétention d’attention. Grâce à son algorithme, ses innovations, elle est capable de générer un flux infini de vidéos courtes particulièrement addictif, que les autres applications essaient de la copier. TikTok est le réseau qui a connu la plus forte croissance ces dernières années. Surtout, ce réseau chinois est l’une des applications sur lesquelles les mineurs passent le plus de temps. Selon Médiamétrie, les utilisateurs âgés de 11 à 17 ans y passent en moyenne une heure et vingt-huit minutes par jour. Et 29 % y passent plus de trois heures par jour… Les mineurs constituant une population par essence plus fragile, il n’était donc pas absurde de consacrer une commission parlementaire aux effets que TikTok peut avoir sur eux.

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