Entretien

Tim White : “ C’est un nouveau chapitre du livre de l’évolution humaine qui s’ouvre ”

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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Que représente Ardi pour vous ?

Tim White : C’est un nouveau chapitre du livre de l’évolution humaine. Nous ne connaissions que quelques phrases et nous pouvons lire aujourd’hui quasiment un chapitre entier ! Non seulement parce que nous avons accès à une grande partie de l’anatomie complète d’un individu « Ardi », mais aussi parce que cette découverte vient s’ajouter à tout ce que nous avons déjà rassemblé sur d’autres femelles, mâles et enfants de cette espèce. La découverte d’Ardi s’inscrit dans un contexte de 6 000 autres spécimens vertébrés catalogués, sans compter de nombreuses traces géologiques aux alentours de 4,4 millions d’années. La lecture de ce chapitre nous entraîne donc dans trois directions.

Primo, il nous fait apprécier à partir de quel type de créature Australopithecus a évolué. Secundo, il nous permet de déduire à quoi ressemblait notre ancêtre commun. Tertio, il montre que les singes vivants africains sont tous très spécialisés et qu’ils ont eux-mêmes évolué, mais dans leur propre direction.

 

Où se situe Ardi par rapport aux humains et aux chimpanzés ? 

La proximité génétique des humains et des chimpanzés avait conduit certains chercheurs à abandonner la prudence d’un Darwin ou d’un Huxley vis-à-vis de notre dernier ancêtre commun : ils allaient même jusqu’à supposer qu’on finirait par trouver des fossiles très proches du chimpanzé vers 5 ou 6 millions d’années. Dans cet esprit, des primatologues étaient même allés jusqu’à parler d’un « âge de pierre du chimpanzé ». En réalité, nous ne descendons pas de chimpanzés et ils n’ont pas évolué à partir d’humains ; tout indique que la première phase de l’évolution des hominidés – avant l’apparition d’Australopithecus – a été le fait d’un primate, facultativement bipède, grimpeur assez lent, omnivore et forestier. Pas le mangeur de fruits spécialisé d’une forêt tropicale, pas un marcheur sur les phalanges à la manière des gorilles et pas non plus un bipède bien adapté.

 

Cela change-t-il votre vision de l’homme ?

Toutes ces phrases sur le devenir humain ou ce que signifie « l’humain » sont toujours insatisfaisantes à un niveau précis. Pour un évolutionniste, ce n’est pas la bonne manière de penser nos origines. Même Homo sapiens, anatomiquement « moderne » il y a 155 000 ans, a pu ne pas être « humain » sur le plan comportemental. Il est impossible de mettre un curseur précis sur l’humain dans le temps et dans l’espace.