TOC. Guetter les invisibles
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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les recommandations des autorités en matière de respect scrupuleux des « gestes barrières » pourraient bien dégénérer en troubles obsessionnels compulsifs. À moins qu’à l'occasion de cette crise sanitaire, nous ayons développé une attention plus aiguë à ce qui échappe à notre regard.
Je devais prononcer une conférence devant un parterre de psys. Le lieu était joli, une église dans le sud de la France. En attendant mon tour de parler, j’avais pris place dans le public. Mon attention fut attirée par le manège de ma voisine, une dame âgée, très digne avec son col blanc boutonné. Elle se tenait à un peu plus d’un mètre de moi, tout comme de son voisin de gauche, et, de son mouchoir, elle essuyait le banc avant d’y poser la main. À la pause, elle m’a apostrophé : « Vous ne m’avez pas pris pour une folle, tout de même ! Je suis réaliste, c’est tout ! On ne peut pas savoir si l’homme qui m’a précédée sur ce banc ne s’était pas masturbé… Pour peu que cet homme ait posé sa main maculée sur le banc… Vous avez tôt fait d’attraper des animalcules. »