Cinéma
Transcender le 9.11
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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cinq ans après, Oliver Stone ose mettre en images les attentats du 11 septembre. Dans World Trade Center, il filme au ras du sol et s’intéresse moins à la dimension politique de l’événement qu’à l’héroïsme des individus qui l’ont vécu.
Pendant un moment, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, il était devenu tabou de montrer les tours jumelles du World Trade Center à l’écran. Les images des tours furent éliminées des génériques des séries situées à New York, comme NYPD Blue (pour les fans qui s’en souviennent)[1] ; elles furent effacées par digitalisation des films alors en postproduction à Hollywood, de peur que leur apparition ne constitue un trauma, rompant, par exemple, aux yeux du spectateur, le charme cinématographique de la comédie romantique Serendipity (Un amour à New York, 2001, avec John Cusack) ou de la fantasy Spider-Man 2 (dont une scène-clé, figurant le super héros tissant sa toile entre les deux tours, fut purement et simplement coupée).
C’est dire la difficulté de porter à l’image le 11 septembre, et l’exploit accompli par Oliver Stone avec son film World Trade Center. Que le film s’impose et surmonte le tabou (dans son titre même) avec une telle évidence et simplicité montre le chemin parcouru par Hollywood et le talent singulier du réalisateur, qui a choisi de décrire la tragédie au ras du sol. On ne voit pas les attentats au début du film, seulement l’ombre d’un avion volant bien trop bas sur les têtes des policiers pris dans leurs tâches quotidiennes : le point de vue est ramené à la rue, au « sol raboteux » de l’ordinaire.