Vertiges
Plus vite, plus haut, plus corps ?
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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Spinoza ferait-il un bon coach aux prochains jeux Olympiques ? En se demandant ce que peut le corps, il oublie que, sous le coup de l’effort intense, l’esprit peut parfois transcender ses limites.
Après pas mal d’années de pratique de sports d’épuisement tel l’alpinisme, je crois pouvoir affirmer cette banalité : l’interaction entre l’esprit et le corps demeure l’une des plus difficiles à caractériser. Il arrive qu’ils fusionnent – dans l’extase ou, au contraire, lorsque l’un souffre au point d’envahir l’autre –, mais, d’autres fois, ils divorcent, se dissocient. Je me souviens notamment d’une course en montagne pendant laquelle mon corps, transformé à la longue en un « peloton de points sensibles », pour parler comme Diderot, m’a semblé être devenu étranger à moi-même.
Au XVIIe siècle, dans l’Éthique, Spinoza demandait : que peut un corps ? Et répondait : « Personne n’en sait rien. L’expérience n’a jusqu’ici enseigné à personne ce que, grâce aux seules lois de la Nature, le corps peut ou ne peut pas faire, à moins d’être déterminé par l’esprit. Car personne jusqu’ici n’a connu la structure du corps assez exactement pour en expliquer toutes les fonctions. […] Le corps peut beaucoup de choses dont l’esprit s’étonne. »