Cinéma

“Trois Amies” : à cœurs éperdus

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“Trois Amies” : à cœurs éperdus

Camille Cottin et Sara Forestier dans le film "3 amies" d'Emmanuel Mouret. © Pyramide Distribution

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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine « Que faire de nos angoisses ? », en kiosque le 24 octobre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Peut-on vraiment savoir quand a débuté une relation et quand elle a commencé de finir ? Dans son dernier film, Trois Amies, le réalisateur Emmanuel Mouret continue d'explorer les affres du sentiment amoureux… pour notre plus grand bonheur.

 

« Où commence une histoire ? » se demande le narrateur, au début de celle-ci. Écrite par le cinéaste Emmanuel Mouret, elle est racontée par un personnage omniscient. Il y a du Diderot dans cette narration qui entre en connivence avec le spectateur et du Marivaux dans les délicieux chassés-croisés amoureux que tisse le scénario. Le réalisateur, passé maître en la matière, excelle à nouveau : des feux s’allument, d’autres s’éteignent, certains cherchent la passion enflammant tous les instants quand d’autres disent se contenter d’une amitié de couple rassurante. Alice (Camille Cottin) trompe Éric. Éric la trompe avec Rebecca (Sara Forestier). Pourtant ils s’aiment, et pourtant Rebecca est l’amie d’Alice ! À cette bande s’ajoute Joan (India Hair), qui se sépare de son compagnon, craignant d’avoir le cœur froid. S’amorcent alors les jeux de l’amour et du hasard, dans ce marivaudage enlevé, porté par une distribution choisie. Ces trois amies tiennent ensemble les différentes composantes de l’amour : l’amitié (philia), la passion (agapé) et le désir (eros). La qualité du sentiment tient-elle à la durée de la relation ou à son intensité ? Faut-il être honnête au risque de blesser l’autre ? Peut-on vraiment savoir quand a débuté une relation et quand elle a commencé de finir ? Le philosophe Claire Marin s’interroge ainsi dans son essai Les Débuts : « Par quel biais aborder le monde, par quelle phrase débuter le récit ? On est parfois inquiet d’avoir à choisir parmi tous les commencements possibles. On se demande aussi ce qui serait arrivé si, ce jour-là, on avait pris un autre chemin, si on avait raté son train ou si on avait été à l’heure au rendez-vous. Si on avait résisté à la tentation ou si l’on avait fait le pari d’un nouvel amour. Toute trajectoire se double toujours de sa bifurcation imaginaire. » Les personnages sensibles de cette comédie se débattent ainsi avec leurs dilemmes et leurs scrupules, expérimentant pour nous tous ces possibles, jamais sûrs d’avoir bien fait… et c’est heureux ! Car « être vivant » c’est aussi « être éperdu », affirme l’un d’eux.

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