Biologie

Greffe d’un cœur de porc : les mystères d’une “métamorphose”

Temps de lecture : 5 min

Centre médical de l’université du Maryland (États-Unis). L’équipe de l’École de médecine de l’université du Maryland derrière la première greffe d’un cœur de porc à un patient humain. Ce dernier, David Bennett, 57 ans, est dans un état stable après l’opération, qui a duré sept heures dans un hôpital de Baltimore (États-Unis)

Centre médical de l’université du Maryland (États-Unis). L’équipe de l’École de médecine de l’université du Maryland derrière la première greffe d’un cœur de porc à un patient humain. Ce dernier, David Bennett, 57 ans, est dans un état stable après l’opération, qui a duré sept heures dans un hôpital de Baltimore (États-Unis). © University of Maryland Medical Center/Cover Images/SIPA

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Pour la première fois, un cœur de porc génétiquement modifié a été transplanté, avec succès, chez un être humain. Une prouesse biologique qui interroge, sur le plan éthique notamment. Qu’en penseraient Jean-Luc Nancy, qui a subi une greffe de cœur, et Vinciane Despret, toujours à l’affût des métamorphoses du vivant ? Analyse.

Chien, chimpanzé, cochon

Dans Cœur de chien (1925), l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov imaginait l’histoire d’un canidé errant dont l’hypophyse et les testicules étaient remplacés par ceux d’un être humain. La bête se muait alors peu à peu en homme, ou du moins en un individu qui y ressemblait beaucoup, certains comportements animaux en plus. Espérons qu’un sort du même genre n’attende pas le premier patient à avoir reçu un cœur de porc en guise de greffe !

À vrai dire, l’opération est ici bien différente. Non seulement, on a greffé un organe animal sur un être humain (et non l’inverse), mais surtout, le cœur greffé n’est pas exactement un cœur de porc. Il a été génétiquement modifié pour éviter les rejets par l’organisme hôte. Dans Que diraient les animaux si… on leur posait les bonnes questions ? (2014), la philosophe Vinciane Despret résume ainsi la situation, au sujet de Gal-k/o, l’un des premiers types cochons modifiés à des fins thérapeutiques (suppression de la cible majeure - Gal - de la réponse par les anticorps humains) : « Il a été reconfiguré afin que la frontière biologique et politique par laquelle nos corps différencient ce qui est “nous” et “pas nous” ne soit plus un obstacle à son don. […] Le noyau de Gal-ko qui survivra à sa mort en dehors de lui deviendra donc part de la vie d’un humain. » Cette opération a un nom officiel : xénogreffe.

C’est d’abord chez les chimpanzés – les plus proches parents génétiques des humains – que furent prélevés les premiers organes animaux à transplanter. Mais les transplantations furent des échecs, le cœur du chimpanzé se révélant trop petit, notamment : « L’argument de la proximité sur lequel reposait sa possibilité devient en même temps celui qui l’en empêche », relève Despret dans son livre. Modifié génétiquement, le cochon, qui a une très grande proximité physiologique avec nous, est finalement choisi. Le chimpanzé sera toutefois « utilisé » afin de tester la fiabilité des différentes procédures. Un substitut moralement plus acceptable qu’un test direct, potentiellement létal, sur un être humain.

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