Trois exercices physiques
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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Trois méthodes de pensée qui empruntent la voie du corps.
Le dérèglement de tous les sens selon Arthur Rimbaud
« Je est un autre. » Avec cette affirmation, Arthur Rimbaud (1854-1891) donne un grand coup de pied dans la tradition philosophique héritée de Descartes, dont la formule « je pense, donc je suis » incarne pour lui « l’intelligence borgnesse ». Pour le poète, au contraire, penser, c’est se faire autre : faire de son corps l’instrument d’une pensée radicalement nouvelle, capable de retrouver le rythme de « l’intelligence universelle ». Ce qui suppose un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens », tel que Rimbaud l’évoque dans la « Lettre du voyant » en 1871. Dérégler ses sens, en s’aidant éventuellement de la drogue et de l’alcool, cela signifie les désajuster du monde connu, pour pouvoir « inspecter l’invisible et entendre l’inouï ». Désaccorder ses perceptions pour faire du corps le diapason d’une pensée libre de tout explorer : telle est la voie qu’invite à suivre le poète. « J’assiste à l’éclosion de ma pensée », confie-t-il dans cette même lettre : la vraie ivresse est là, dans cette pensée qui semble jaillir d’ailleurs au fond de soi.