Gérald Bronner : “Ce mouvement est une continuation d’Internet dans le monde physique”
Gerald Bronner en 2018 (cc) Wikimedia Commons / Librairie Mollat
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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Complotisme, agrégations spontanées, multiplication des points d’action, les “gilets jaunes” appliquent à leur engagement physique les mêmes obsessions et, surtout, les mêmes stratégies que derrière leurs écrans, constate le sociologue. Mais, loin des appels à la transparence et à la démocratie directe, il préconise un nouvel art de la relation à l’heure de la société de l’information.
Le mouvement des « gilets jaunes » a paru incoercible. Sans représentants légitimes, la table des négociations demeura vide, et comme n’importe qui a pu appeler à la continuation du mouvement, il a duré. De ce point de vue, le mouvement a révélé une homologie structurelle manifeste avec Internet. C’est là qu’il était né, mais, au-delà, il en empruntait nombre de caractéristiques, comme une carte à son territoire. Par la multiplication des points d’action sur le terrain les « gilets jaunes » ont jeté une toile qui a capturé une partie de la France. De la même façon que sur Internet, ce mouvement a été contaminé par le complotisme, notamment après l’attentat de Strasbourg, le 11 décembre 2018, au point que certains administrateurs ont suspendu les commentaires sur les pages Facebook de « gilets jaunes ». Ceci dut constituer un dilemme pour ceux-là même qui se revendiquaient d’un recours à la démocratie directe.