Hors-série "IA, le mythe du XXIe siècle"
Turing / Searle : une IA peut-elle se faire passer pour un humain ?
Alan Turing (médaillon) et John Searle. © AFP – © Collection particulière
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Cet article est issu du Hors-série n°N°57 de Philosophie magazine « IA, le mythe du XXIe siècle », en kiosque le 11 mai 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Peut-on distinguer un être humain d'une machine gonflée à l'IA ? La pensée est-elle vraiment simulable ? Ce débat traverse l'histoire de la pensée au XXe siècle. Retour sur un débat qui opposa le mathématicien Alan Turing et le philosophe John Searle, à trois décennies d'écart.
Le test de Turing
À cette question, formulée dès 1950 dans l’article « Computing Machinery and Intelligence », Alan Turing répondait déjà qu’elle était mal posée, car la nature même de ce qu’est la pensée nous échappe. « Les machines ne peuvent-elles pas exécuter quelque chose qui relève d’une forme de “pensée”, mais qui est très différent de ce qu’un homme fait ? » Difficile à dire. En revanche, en pensant aux récents premiers « ordinateurs », Turing imagine « que les machines pourront égaler les hommes dans tous les domaines purement intellectuels ». À ses yeux, la question est moins de savoir si les machines pensent, mais si elles sont capables d’émuler les comportements humains. Un programme peut-il tromper l’homme dans un « jeu d’imitation » ? Et Turing de décrire le test qui portera son nom : un échange à l’aveugle entre un homme (A), une femme (B) et un observateur de genre indifférent (C). En posant des questions à A et B par écrit, C doit identifier qui est un homme et qui est une femme. B répond sincèrement, mais A, au contraire, se fait passer pour celle qu’il n’est pas. « Et si une machine prenait la place de A ? » Parviendrait-elle à tromper C comme A le faisait parfois ? Si c’est le cas, Turing considère que le test est réussi : la machine est capable de se faire passer pour un humain.