Un activiste contre la routine
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Le philosophe Pascal Chabot voit en Gaston Lagaffe un techno-anarchiste hyperactif qui « adapte le réel à ses désirs et matérialise ses fantasmes dans des créations au service de la collectivité ». Avec une consigne : prière de déranger...
On croit souvent que Gaston est fainéant. Mais c’est à tort. Certes, il lui arrive de se reposer, ce qui est compréhensible : après avoir hélitreuillé une vache au quatrième étage d’un immeuble, cet Hercule de la combine mérite de reprendre des forces. Mais voir la clé de son être dans ces siestes, qui ne sont répétitives que parce que les efforts qu’elles réparent sont nombreux, reviendrait à épouser le point de vue de Prunelle. C’est-à-dire le point de vue unilatéral de celui pour qui il n’existe qu’une alternative : soit le travail tel qu’il est prescrit, soit la fainéantise et le repos.
C’est cette pauvre disjonction que Gaston fait voler en éclats. Entre le travail commandé et le statut de tire-au-flanc (manière de se mettre à l’abri, puisque c’est sur les flancs de l’armée que l’on risque le moins de se prendre une balle), il choisit la troisième voie, celle de l’œuvre. Il faut l’admettre une fois pour toutes : dans la rédaction de Dupuis, il n’y en a qu’un qui réussit à adapter le réel à ses désirs et à matérialiser ses fantasmes dans des créations au service de la collectivité. C’est Gaston. Les autres, qui se glorifient d’être pressés et sérieux, ne font en vérité pas grand-chose. Ils s’agitent bruyamment, dans une autocélébration collective de leur activité que tout manager cherche à susciter, mais on serait bien en peine de nommer le résultat de cette excitation. Au mieux peut-on dire qu’ils font tourner une « machine » qui les dépasse et dont ils ne sont que les huileurs temporaires.