Dossier / “Comment recommencer ?”
Faire du neuf avec du mieux ? 3 pistes pour rompre avec la routine sans être obnubilé par le changement
© Tyler Spangler
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Cet article est issu du numéro 196 de Philosophie magazine « Comment recommencer ? En amour, au travail, dans la vie », en kiosque le 15 janvier 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment trouver la force de briser l’insupportable routine sans pour autant sombrer dans l’obsession de la nouveauté ? Voici trois pistes pour nous réinventer.
Janvier : le mois des bonnes résolutions… ou des changements de vie. Chaque année, nous nous sentons obligés de faire le grand ménage. De vider nos placards. De quitter cette ville froide et anonyme, ce boulot harassant, ce partenaire avec qui les galipettes se raréfient et dont la conversation s’étiole. De nous débarrasser de nos vilaines habitudes pour en prendre de nouvelles, plus bénéfiques, qui nous permettraient enfin d’accoucher de la meilleure version de nous-même. Avec une interrogation en tête : peut-on recommencer ? Sa vie amoureuse, professionnelle… ou sa vie tout court ?
S’il vous est déjà arrivé d’être saisi par ce vertige, vous avez sans doute remarqué qu’il pointait son nez à diverses occasions. Mille raisons peuvent nous pousser à vouloir remettre les compteurs à zéro. L’ennui, d’abord. L’obsession du changement, ensuite. « Alors, quoi de neuf ? » s’enquièrent nos connaissances lorsque nous les croisons, comme s’il fallait s’atteler sans relâche à réformer sa vie. La société de consommation nous incite à changer en permanence : de vêtements, de déco, de destination de voyage… mais aussi d’amis ou d’amoureux !
Premières fois en boucle
Plus largement, il semble que la modernité fasse de nous d’éternels insatisfaits : notre époque, si l’on en croit Tristan Garcia, se caractérise par une quête d’intensité que nous lions à l’expérience de l’inédit. Dans son essai La Vie intense. Une obsession moderne (Flammarion, 2016), le philosophe soutient que le sujet contemporain est sans cesse porté à trouver des ruses pour éviter l’embourgeoisement et pimenter son quotidien monocorde.
Parmi elles, le « primavérisme », qui consiste à accorder une importance démesurée à la « première fois », vue comme seule et unique. Terrifiés à l’idée de voir nos expériences perdre en intensité à mesure que nous les répétons, nous rêvons de ne vivre que des « premières fois » : premier saut en parachute, premier safari… Le « primavériste », explique Garcia, attribue « à la première expérience […] une vérité supérieure ». D’où sa nostalgie indécrottable, et son incapacité à se satisfaire de ce qui est – son travail, son mariage… Il estime qu’« au fond rien n’est jamais plus fort que ce qui commence, et que tout ce qui progresse, grandit, se développe, ne fait jamais que perdre en intensité ». Pas de chance : il y a des intensités qui ne s’achètent pas. La première cuite, le premier émoi amoureux ne reviendront jamais : pourquoi donc chercher à les réitérer ?