L’invention
Un bio-ordinateur dopé aux neurones humains
Les neurones humains, visibles sur la puce en silicium, se connectent entre eux parmi un ensemble d’électrodes d’entrée/sortie. © Cortical Labs
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Cet article est issu du numéro 191 de Philosophie magazine « Pourquoi se complique-t-on la vie ? », en kiosque le 03 juillet 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
CL1 : c’est le nom, un peu austère, du premier « bio-ordinateur » commercialisé par la start-up australienne Cortical Labs. Cette drôle de machine hybride entrelace puces en silicium et neurones cultivés en laboratoire à partir de cellules souches humaines.
Concrètement, les puces en silicium jouent un double rôle : elles permettent de stimuler les neurones, de leur communiquer une information à traiter et d’enregistrer leur activité, traduite dans un langage informatique. La communication bidirectionnelle est la clé de cette machine.
Pour maintenir en vie les neurones, Cortical Labs a dû développer un système complexe de support de vie : pompes de filtration des déchets émis par l’activité biologique, contrôle de la température, mélangeur de gaz pour réguler les niveaux d’oxygène, d’azote et de dioxyde de carbone, système circulatoire pour diffuser une solution riche en nutriments, etc.
Les avantages de ce bio-ordinateur sont multiples. Les neurones possèdent en effet d’importantes capacités de traitement de l’information pour une consommation énergétique bien inférieure à ce que réclament les hardwares informatiques classiques. Un cerveau humain est environ 100 fois plus efficace qu’un supercalculateur en termes de consommation d’énergie pour une puissance de calcul donnée. Les neurones possèdent par ailleurs d’étonnantes capacités d’apprentissage autonome et d’adaptation (du fait de la plasticité des réseaux neuronaux). Cortical Labs parle d’une « intelligence biologique synthétique », qui est pour l’entreprise l’avenir de l’intelligence artificielle. On parle aussi, de plus en plus, d’« intelligence organoïde » pour désigner ces étranges attelages entre des ordres de réalité qui communiquent via l’électricité. Donna Haraway, dans son célèbre Manifeste cyborg (1985), affirmait que désormais le cyborg, « organisme cybernétique, hybride de machine et de vivant », « structure toute possibilité de transformation historique ». Si elle pensait surtout à la promesse technologique d’humains augmentés par des prothèses, nous assistons aujourd’hui, dans une forme de symétrie, à l’émergence de machines biologiquement augmentées.