Édito
Un contre tous, tous contre un !
© Charles Berberian pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 86 de Philosophie magazine « 86 - février 2015 », en kiosque le 15 janvier 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les autres ? Je crois que j’ai appris de qui il s’agissait dans la cour de récréation, au primaire, à la faveur de quelques expériences fondatrices. Avant cela, je ne connaissais que ma famille, les amis… Mais la rencontre avec les autres, c’est-à-dire avec la société telle qu’elle est, sans filtre, fut un choc.
Ainsi, je me souviens qu’un jour une bande de garçons est venue me tourmenter : l’un d’eux m’a pris mon bonnet et ils ont commencé à jouer à se le lancer, si bien que je ne parvenais pas à le rattraper. Ils riaient aux éclats. Au bout d’un moment, essoufflé, je me suis dit qu’il valait mieux changer de stratégie : rien ne servait de courir, ils étaient trop nombreux, il valait mieux que j’en tape un jusqu’à ce que ses amis cèdent et me repassent le bonnet. Je me suis jeté sur un certain Mathieu, lui ai mis un coup au ventre, puis l’ai renversé sur le sol, et là, j’ai dû dire quelque chose comme: « Rendez-moi ce bonnet, ou bien je continue ! » Et c’est là que j’ai reçu une grande leçon : les amis de Mathieu étaient ravis de la scène. Ils m’ont laissé lui frapper le visage sur le sol jusqu’à ce qu’il soit complètement barbouillé de sang. La vue de tout ce sang qui tachait le sol bitumé a fini par les effrayer un peu, surtout que Mathieu criait pas mal, si bien que l’un d’eux a craqué, pas trop fier: « Tiens, le voilà ton bonnet… » Conclusion : la société est un lieu où les êtres humains se mettent à plusieurs pour vous attaquer, mais, ne vous inquiétez pas, il n’y a aucune solidarité dans leurs rangs et ils sont prêts à reporter leur méchanceté sur n’importe quel bouc émissaire.