Un miracle précaire
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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La vie est un tout. Se plaindre de sa brièveté, c’est ne pas comprendre qu’elle nous précède et nous dépasse. Vouloir l’expliquer, la rationaliser, c’est souvent ne pas voir qu’elle est d’une simplicité déconcertante.
Lorsqu’on entend pour la première fois les battements de cœur d’un enfant à naître, on se dit qu’un jour, ce cœur va s’arrêter. Mais si on tend l’oreille, quand se mêle aux battements inquiets le rythme grave du cœur de la maman, on se dit que, paradoxalement, bien qu’il soit une condamnation à mort, le don de la vie n’est pas un crime, mais une bénédiction.
Aucune tristesse ne résiste au tango singulier qui, unissant les deux cœurs, donne à comprendre que la mort n’est pas le contraire de la vie mais, seulement, de la naissance. « L’amour maternel, dit Bergson, où quelques-uns ont vu le grand mystère de la vie […] montre chaque génération penchée sur celle qui la suivra. Il nous laisse entrevoir que l’être vivant est surtout un lieu de passage, et que l’essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet. » Le sentiment désolant que ma vie s’arrêtera s’accompagne, parfois, du sentiment joyeux que la vie ne s’arrêtera pas à la mienne. Ma vie ne dure pas, mais la vie n’a pas de fin. Il n’y a donc pas d’histoire de la vie, et la vie n’a rien de sacré. Mieux, c’est en s’interrompant qu’elle continue, et c’est parce qu’elle n’a jamais commencé… qu’elle recommence à chaque fois.