Expo
Une expo ”Gothiques” flamboyante au musée Louvre-Lens
Detail de La Vierge protégeant l’ordre de Citeaux, Attribué à l'école douaisienne (Jean Malrart ?) vers 1508, huile sur bois, Douai, musée de la Chartreuse © Ville de Douai, Musée de la Chartreuse / Photographe : Image & Son
Le musée du Louvre-Lens consacre une grande exposition à l’art gothique, du Moyen Âge à nos jours. Cédric Enjalbert a revêtu ses atours les plus sombres pour vous la présenter… sans trembler.
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« Peut-être aurez-vous les yeux fardés de noir et sorti le cuir pour fêter les morts façon Dracula, ce soir. Ou peut-être profiterez-vous plus gentiment du week-end pour aller observer les gothiques… au musée ! Le Louvre-Lens offre en effet une plongée dans ce courant artistique né au XIIe siècle et ravivé dans la culture pop. Une question parcourt toute l’exposition (dans un déroulé chronologique un peu sage) : comment de la lumière a émergé la nuit ? Car ce mouvement né au Moyen Âge, caractérisé par l’érection des cathédrales et le raffinement des vitraux, est avant tout un art de la couleur et de la lumière. Les œuvres exposées dès les premières salles – vitraux et peintures – attestent l’éclat de l’art, témoin d’un essor urbain, économique et technique. Ainsi La Vierge protégeant l’ordre de Cîteaux (1508, photo), conservée au musée de la Chartreuse, à Douai, fascine par ses tonalités éclatantes, de même que la fantaisie des sculptures de saints, de plantes et d’animaux fantastiques. Le terme “gothique” n’apparaît en fait qu’à la Renaissance. Il est alors dépréciatif et qualifie les pratiques “barbares” du Moyen Âge (il n’est pas rare que les appellations de courants artistiques aient d’abord été des anathèmes, comme le baroque ou l’impressionnisme). Le mouvement tombe en désuétude avant d’être redécouvert à la fin du XVIIIe siècle, et la bascule s’opère : de flamboyant, le gothique devient synonyme d’obscur. Les châteaux et les églises en ruine deviennent l’espace physique et mental où se déploient les visions sublimes du romantisme noir. L’écrivain Horace Walpole fait ainsi paraître Le Château d’Otrante (1764). Son roman de fascination et d’effroi témoigne d’une sensibilité nouvelle, celle de l’individu tourmenté par des abîmes intérieurs. Victor Hugo participe de ce renouveau du gothique. Il écrit : “L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement. L’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir.” Dans la littérature, le cinéma, l’architecture, la mode, cette passion néogothique se prolonge, jusqu’à aujourd’hui. Des dessins de l’illustrateur Benjamin Lacombe sont ainsi présentés, une merveilleuse robe “cathédrale” d’Iris van Herpen ou encore une étonnante sculpture en acier de Wim Delvoye, visible dès l’entrée. Une culture “goth” et bien vivante ! »
➤ L’exposition Gothiques, au musée du Louvre-Lens (99, rue Paul-Bert) est à voir jusqu’au 26 janvier 2026 (du mer. au lun. de 10h à 18).