Intraduisible
Verschlimmbessern
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Cet article est issu du numéro 166 de Philosophie magazine « Préférons-nous l’ordre ou le désordre ? », en kiosque le 12 janvier 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : allemand
Peut-être vous rappelez-vous cette octogénaire espagnole, qui, peinée de l’état de dégradation d’un tableau représentant le Christ dans la petite église de sa ville, Borja, avait entrepris de le restaurer elle-même… et avait fini par le défigurer. Les intentions étaient incontestablement honorables, mais on ne s’improvise pas peintre ! Il en va souvent ainsi : à force de vouloir bien faire, nous finissons par faire empirer les choses. Les Allemands possèdent un verbe pour désigner cette dynamique paradoxale : verschlimmbessern, contraction de verschlimmern, « aggraver », et de verbessern, « améliorer, arranger ». C’est au philosophe Georg Christoph Lichtenberg que l’on doit le concept ! Il l’emploie, sans plus d’explications, dans une lettre du 10 juin 1798 adressée au médecin Johann Friedrich Blumenbach. Il l’utilise à nouveau dans ses explications des gravures de William Hogarth (W. Hogarth’s Zeichnungen, nach den Originalen in Stahl gestochen, 1840) : « Cette manière de corriger, qui n’est pas rare même dans les œuvres d’esprit des meilleurs cerveaux, mérite certainement un nom à part entière, car les erreurs de ce genre ne sont pas le fruit d’une négligence, mais plutôt à l’inverse, souvent, de l’effort le plus soucieux. » Le verschlimmbessern vaut comme une mise en garde contre le perfectionnisme : n’essayons pas de trop bien faire !