Vincent Delecroix : “À l’origine de la civilisation grecque, il y a la colère d’Achille”
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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour Vincent Delecroix, la colère n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle révèle les failles de l’ordre cosmique.
Que signifie la colère d’Achille dans l’Iliade ?
Vincent Delecroix : « Muse, chante-moi la colère d’Achille… » est le premier vers de l’Iliade. Si l’un des poèmes fondateurs de la civilisation grecque est un poème sur la colère, ce n’est pas un hasard. Les Grecs, et tous les tragiques à leur suite, se débattent avec le désordre, avec la démesure des dieux et les lois des hommes qui menacent toujours de briser l’ordre naturel. La colère est la pulsion de mort enracinée au sein même de la civilisation, et que la conscience grecque ne veut pas voir. L’Iliade la révèle en montrant le chaos qu’elle produit. Le héros absolu, Achille, dans sa simplicité essentielle, se caractérise donc par un vice fondamental : il est le fauteur de chaos. Il devient un héros homérique en raison de son vice et non de sa vertu. Cette figure-là est fondatrice.