L’image
Vision d’avenir
Capture d'écran du film publicitaire d'Apple. © Apple
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Cet article est issu du numéro 171 de Philosophie magazine « La chance, est-ce que ça existe ? », en kiosque le 06 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Très attendu, le nouveau casque de réalité augmentée d’Apple, « Vision pro », a été présenté en grande pompe au début du mois de juin. Il faudra débourser 3 500 dollars pour acquérir ce nouveau modèle commercialisé à partir de 2024 et d’ores et déjà qualifié d’« ordinateur spatial ». Qu’est-ce à dire ? Plutôt que de mobiliser des outils numériques par l’intermédiaire d’un écran, le casque d’Apple surimposera à l’ensemble du champ de vision un filtre digital permettant de faire apparaître dans l’environnement de l’utilisateur des applications utilisables d’un geste ou d’un mouvement oculaire. Le numérique n’est donc plus circonscrit dans un espace distinct : il peut s’insinuer dans tous les recoins du réel. De quoi modifier en profondeur notre rapport au monde. Comme le relève le philosophe Stéphane Vial dans L’Être et l’Écran (2013), « notre être-dans-le-monde est lui-même un fait techniquement produit, et notre faculté de percevoir, autrefois confondue avec une procédure naturelle, dépend des appareils du système technique ». Toutes les révolutions techniques transforment notre regard – souvent à notre insu. Avec la réalité augmentée, cette transformation devient un objectif en soi. Elle est d’autant plus visible, apparente, qu’elle est massive et sciemment orchestrée – nous nous en rendons compte. Peu de risque, par conséquent, de confondre les entités virtuelles avec le monde réel.