Dossier / “Peut-on être lucide et heureux ?”

On ira tous au paradis (virtuel) ?

Temps de lecture : 5 min

© Alexander Babarikin

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Cet article est issu du numéro 161 de Philosophie magazine « Peut-on être lucide et heureux ? », en kiosque le 07 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Imaginez que vous meniez une existence quotidienne plutôt terne mais que vous puissiez être heureux à tout moment en ligne : en surfant sur un réseau social, en jouant aux jeux vidéo ou en emmenant votre avatar à la découverte des métavers. Une vie augmentée ou amoindrie ?

 

Vous êtes au bureau quand un ami de Hong Kong apparaît soudain en hologramme. Il vous propose de sortir. Vous décidez aussitôt de vous téléporter dans cette soirée qui a lieu dans une maison avec piscine océane et salon immense pourvu de larges baies vitrées. Vous y retrouvez votre ami, ou plutôt son avatar, et le saluez. La salle bondée se fait subitement silencieuse, votre chanteur préféré est à vos côtés, le concert va bientôt commencer.

Bienvenue dans le métavers imaginé par Mark Zuckerberg ! Sur la plateforme Horizon de sa société Meta, vous pourrez jouer, inter-agir, travailler et communiquer avec toute personne connectée. Paradis virtuel… ou machination infernale ? Souhaitez-vous enfiler vos lunettes de réalité augmentée ou les ôter au plus vite ? Bref, voulez-vous de ce bonheur sous algorithmes ?

 

Vers la « machine à expérience » ?

Cette question, le philosophe Robert Nozick (1938-2022) se l’est posée il y a cinquante ans. Il a imaginé une machine qui n’est pas sans ressemblance avec le méta-vers. Ici, point de lunettes 3D mais un réservoir dans lequel nos corps flottent et où nos crânes sont reliés à des électrodes. Une fois branché, vous ne pourrez pas en sortir mais vous serez en mesure de « vivre n’importe quelle expérience que vous souhaitez », explique-t-il dans Anarchie, État et Utopie (1974 ; trad. fr. PUF, 2016). Le bonheur à portée de cerveau ! « Une fois dans le réservoir, vous ne saurez pas que vous y êtes ; vous penserez que tout arrive véritablement », précise Nozick. Tout sera faux, mais vous n’en saurez rien. Alors, partant pour cette « machine à expérience » ? 

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