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Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?
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Cet article est issu du numéro 109 de Philosophie magazine « Travail, je t'aime (moi non plus) », en kiosque le 27 avril 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« Faut-il »
Synonymes : est-ce un devoir, une obligation, une contrainte, une nécessité ?
« préférer »
Synonymes : choisir (choix exclusif ou inclusif), privilégier, favoriser…
« bonheur »
Termes proches : plaisir, joie, contentement spirituel, satisfaction durable et totale…
« à »
Le bonheur et la vérité sont deux objectifs, idéaux, valeurs… Que vaut le bonheur face à la vérité ? La vérité face au bonheur ?
« vérité »
Termes proches : connaissance, sincérité, honnêteté, véracité…
Défrichage
Premières intuitions
Le bonheur et la vérité semblent incompatibles. La vérité est brutale, souvent blessante. Nous mentons donc au nom du bonheur, le nôtre ou plus souvent celui des autres, pour ne pas les blesser justement… Le bonheur, et les sentiments positifs qui l’accompagnent, ne sont-ils pas en effet plus importants que la vérité ?
Mais alors le bonheur reposerait sur une part d’illusion. Il risque donc de n’être qu’éphémère. La vérité semble en effet toujours nous rattraper. Or elle aussi est un idéal, une valeur morale, apparemment plus noble, plus fiable. N’importe-t-elle donc pas plus que la recherche égoïste du bonheur ?
Exemples qui viennent à l’esprit
Dans Matrix, les personnages doivent choisir entre vérité et bonheur. « Je n’ai jamais dit que ce serait facile, prévient Morpheus, un personnage du film, j’ai juste dit que ce serait la vérité. » Neo, le héros, choisit la rudesse de la vérité, mais un autre personnage optera pour le bonheur de l’illusion.
Le livre L’Adversaire d’Emmanuel Carrère raconte la vie de mensonges d’un homme qui prétend être médecin à l’Organisation mondiale de la Santé et passe en réalité ses journées dans sa voiture. Il finira par préférer tuer sa famille plutôt que révéler la vérité.
Il vaut mieux, affirme John Stuart Mill dans L’Utilitarisme, être un philosophe comme Socrate insatisfait qu’un porc satisfait. Sacrifier nos valeurs, et notamment la vérité, sur l’autel de la satisfaction sensible n’est pas digne de la part intelligente de notre nature.