Politique
La vérité, arme secrète de la démocratie ?
Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion du Conseil de sécurité via une liaison vidéo dans la résidence d'État de Novo-Ogaryovo à l'extérieur de Moscou le 1er avril 2022. © Mikhail KLIMENTYEV/SPUTNIK/AFP
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Chacun s’accorde à admettre que l’exercice du jugement politique a besoin d’informations objectives et vraies pour pouvoir bien s’exercer. Mais, parmi les différents régimes politiques, la démocratie a-t-elle un rapport privilégié au vrai ou s’aveugle-t-elle autant que les autres ? Examen des réponses de quelques philosophes, de Platon à Carl Schmitt en passant par Aristote et John Stuart Mill.
Avant de commencer l’examen de cette question toutefois, précisons-en l’objet. Il ne s’agira pas ici d’étudier l’exigence de véracité qui s’impose (ou non) au politique, c’est-à-dire l’honnêteté que les politiciens doivent aux citoyens – au sens par exemple où Pierre Mendès-France pouvait affirmer que « l’élément fondamental du système démocratique, c’est la vérité. S’il n’y a pas d’honnêteté de la part de ceux qui jouent un rôle dans jeu des institutions, il ne peut y avoir de démocratie ». Il s’agira plutôt de s’interroger sur l’accès à la vérité dans la prise de décision politique, et de la capacité d’aveuglement des dirigeants.
Entre Platon et Aristote : la question du pluralisme démocratique
Le rapport de la vérité à la démocratie constitue l’un des objets de désaccords entre Platon et son élève Aristote. Pour Platon en effet, la démocratie étant par définition le régime politique dans lequel le pouvoir est confié indifféremment au peuple dans son ensemble – au sens où l’entendaient les Grecs de l’époque, c’est-à-dire sans les femmes, les esclaves, les étrangers… –, ce ne sont pas les plus sages ou les plus compétents qui décident. Il n’y a donc aucune raison a priori pour qu’en démocratie, le gouvernement soit plus éclairé ou plus proche de la vérité que ne l’est n’importe quel citoyen : c’est le règne du hasard et du relativisme, où les avis les plus pertinents sont mis à égalité avec les moins éclairés, au risque donc de la démagogie la plus funeste. Dans un autre régime, en revanche, les individus au pouvoir peuvent librement décider de s’entourer des conseillers les plus qualifiés pour les assister dans leurs prises de décision.