Entretien

William MacAskill : “Il est temps d’entendre les revendications des êtres du futur”

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William MacAskill : “Il est temps d’entendre les revendications des êtres du futur”

William McAskill à Oxford, en 2015. © Sam Deere/Wikimedia Commons/CC 4.0

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William MacAskill, jeune philosophe écossais de 36 ans, est le promoteur du long-termisme, ce courant de pensée de plus en plus influent outre-Atlantique qui invite à intégrer le temps long et les générations futures dans nos décisions et nos obligations morales. Du développement de l’intelligence artificielle à la décision de faire des enfants (ou pas) en passant par l’engagement écologique, il nous explique ce que cela change d’intégrer l’avenir au présent.


 

Votre nouveau livre, What We Owe to the Future (“Ce que nous devons au futur”, Basic Books, 2022), traite de ce que nous devons à l’avenir. Vous ne parlez pas seulement des deux ou trois prochaines générations, mais aussi des individus qui ne naîtront peut-être que dans quelques millions d’années. Pourquoi devrions-nous également les prendre en compte dans nos réflexions morales ?

William MacAskill : Nous devrions le faire parce qu’ils importent moralement ! Je pense que l’époque à laquelle se déroule l’existence de quelqu’un ne devrait pas faire de différence sur le plan moral. Nos actions présentes peuvent influencer la façon dont vivront nos descendants à l’avenir.

 

Lorsque vous pensez à nos ancêtres, avez-vous le sentiment qu’ils ont éprouvé ce genre de responsabilité ?

S’ils avaient pu influencer de façon prévisible le quotidien des générations actuelles, ils se serait sentis responsables à notre égard. Je pense toutefois qu’il existe une différence entre nous et eux : nous possédons davantage de connaissances et avons désormais une meilleure compréhension scientifique du monde. Les gens qui ont exterminé de très nombreuses espèces par la chasse n’avaient aucune idée de ce que signifie l’extinction d’une espèce, et pourquoi elle pouvait importer. Prenons les émissions de méthane ou la culture sur brûlis : ceux qui ont pratiqué ces activité n’avaient aucune notion du changement climatique ! Nous avons aujourd’hui une compréhension scientifique bien supérieure de ces phénomènes. Cela nous assigne donc des responsabilités supplémentaires.

“L’époque à laquelle se déroule l’existence d’un individu ne devrait pas faire de différence sur le plan moral. Nos actions présentes peuvent influencer la façon dont vivront nos descendants à l’avenir” William MacAskill

 

Vous écrivez que même si aujourd’hui, nous sommes plongés dans une époque de pluralité globale des valeurs, malgré tout, nous nous dirigeons vers une homogénéisation. Pourquoi pensez-vous que nos valeurs cesseront un jour d’évoluer ?

Je ne suis pas sûr qu’elles cesseront d’évoluer. Cela me semble toutefois assez probable, et je pense que nous devrions nous en soucier. L’une des raisons est qu’il existe une nette tendance humaine à rechercher le pouvoir et à vouloir cimenter les valeurs. Nous le voyons évidemment dans les dictatures. Dans mon livre, je discute des exemples de Pol Pot, Staline, Hitler, etc., mais c’est une tendance résolument universelle. Si cette dynamique se poursuit et que certains acteurs continuent de chercher à s’approprier le pouvoir, c’est une menace qu’il faut prendre au sérieux.

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Que pouvons-nous faire pour le futur ? Les réponses de William MacAskill