Y a-t-il de saines colères ?

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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine « Petit traité des vices à l’usage des honnêtes gens », en kiosque le 20 novembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Faut-il, dans certaines circonstances, se mettre en colère ? Si notre indignation est parfois justifiée, nos éclats indispensables pour faire bouger les choses, peut-on en maîtriser les conséquences et empêcher la violence d’advenir ? Les philosophes en débattent... sans s’énerver.

 

OUI, quand elle vise à améliorer l’avenir

Aristote

La colère sera un désir, accompagné de peine, de se venger ostensiblement d’une marque de mépris non méritée manifesté à notre égard, ou à l’égard de ce qui dépend de nous, contrairement à la convenance. […] Se livrer à la colère est une chose à la portée de n’importe qui, et bien facile. […] Mais le faire avec la personne qu’il faut, dans la mesure et au moment convenables, pour un motif et d’une façon légitimes, c’est là une œuvre qui n’est plus le fait de tous, ni d’exécution facile, et c’est ce qui explique que le bien soit à la fois une chose rare, digne d’éloge et belle. […] L’homme donc qui est en colère pour les choses qu’il faut et contre les personnes qui le méritent, et qui en outre l’est de la façon qui convient, au moment et aussi longtemps qu’il faut, un tel homme est l’objet de notre éloge. […] La déficience, d’autre part, qu’elle soit une sorte d’indifférence à la colère ou tout ce qu’on voudra, est une disposition que nous blâmons. […] L’excès, de son côté, a lieu de toutes les façons dont nous avons parlé : on peut être en colère, en effet, avec des personnes qui ne le méritent pas, pour des choses où la colère n’est pas de mise, plus violemment, ou plus rapidement, ou plus longtemps qu’il ne faut. » Aristote, Rhétorique et Éthique à Nicomaque

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