Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Des Carpates roumaines, où il est né il y a cent ans, à Paris, où il a élu domicile, son itinéraire est marqué par l’exode géographique et intellectuel. Insomniaque et pessimiste forcené, Emil Cioran traverse le XXe siècle en nihiliste passé maître dans l’art du sarcasme. Il est l’homme d’une métamorphose radicale : aimanté par le nationalisme dans sa jeunesse, il délaisse la politique pour s’inscrire dans la grande tradition des moralistes à la française. Mais il faut revenir sur cette tentation du fascisme, en proposant un document inédit et exceptionnel : les extraits de deux lettres écrites à Carl Schmitt, le juriste officiel du IIIe Reich. Comme le souligne Pierre Pachet, les vertiges idéologiques de Cioran entrent en résonance avec les thèmes fondateurs de son œuvre. Quoi qu’il en soit, il emprunte après guerre, comme le montre Frédéric Schiffter, la voie d’un scepticisme intégral qui taille à la serpe tous les idéaux. Sous le sceau du désespoir, cette entreprise de démolition se teinte d’un humour jubilatoire, en témoigne son essai De l’inconvénient d’être né. Concevant l’existence comme un fardeau, Cioran souhaitait que son œuvre terminât « plutôt dans l’égout que sur un piédestal ». Pas sûr qu’il apprécie, depuis sa tombe, la célébration du centenaire de sa naissance…
« Il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie. » Sentence pour le moins expéditive. Et voici bien, justement, l’un de ces jugements définitifs et péremptoires que…
Était-il vraiment revenu des emportements de sa jeunesse fasciste, le Cioran de l’après-guerre ? Ces deux lettres, que nous publions en exclusivité, prouvent qu’en 1950, il n’hésitait pas à déclarer son admiration au philosophe Carl…
Comment comprendre que certains intellectuels des années 1930 aient pu se laisser séduire par la promesse fasciste d’un homme nouveau ? En revenant sur l’itinéraire très singulier de Cioran, Pierre Pachet esquisse une réponse à l…
Le scepticisme maladif du misanthrope roumain, né de ses nuits sans sommeil, lui a fait ébranler toutes les convictions… même les siennes. Avec un désespoir jubilatoire, il met l’homme face au miroir de son néant.