“De l’oisiveté” : court-circuiter le capitalisme (sans trop d’efforts) avec Walter Benjamin

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

À se lancer dans le millier de pages du Livre des passages, il y a de forts risques d’égarement. Choisir ses « liasses », soit les ensembles de textes dédiés à un thème précis  et, dans ce cas, édités séparément, c’est s’autoriser à apprivoiser un Benjamin à la pensée aussi géniale que tortueuse. Ici, pas de texte au long mais une suite de notes à picorer selon la température à l’ombre de votre après-midi – pensez bien à vous hydrater entre deux siestes. Dans les notes consacrées à l’oisiveté, on croise Baudelaire, Valéry et la figure d’un bourgeois honteux, c’est entre l’analyse historique et quelques bons mots. Par exemple : « Il existe deux institutions sociales dont l’oisiveté fait partie intégrante : les agences de presse et la vie nocturne. Elles exigent une forme spécifique de propension au travail. Cette forme spécifique, c’est l’oisiveté » – allez, même pas mal à notre ego de journaliste. Benjamin réactualise un sujet classique, soit la distinction entre vita activa et vita contemplativa, pour faire de l’oisiveté un rare moyen de court-circuiter, tout en s’y intégrant parfaitement, un capitalisme naissant. L’oisiveté du bourgeois est en effet « parente du processus économique de production ». Un sens de l’observation qui le conduit à s’intéresser à des figures qu’on n’est pas sûr d’avoir déjà croisées chez Marx ou chez aucun poète, comme cet homme-sandwich, décrit comme le « vrai flâneur salarié » : manière de signaler que tout dispositif, même le plus contraignant, génère toujours sa propre faille.

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