“Enfanter une étoile qui danse”, d’Elsa Godart : mères solo, mères courage

Une recension de Clara Degiovanni, publié le

1,5 million de femmes en France élèvent leurs enfants seules. Pour donner chair à cette enquête philosophique consacrée au quotidien de ces mères solo, Elsa Godart leur a donné la parole, interrogeant Garance, universitaire précaire, Mohana, aide-soignante dans un hôpital, ou encore Carmen, intermittente du spectacle. Le récit heure par heure de leur quotidien est à couper le souffle. Non pas parce qu’il est hors du commun mais parce qu’il expose une routine d’une banalité éreintante, faite de réveils aux aurores, d’inquiétudes et de difficultés économiques. « La monoparentalité produit de la pauvreté matérielle et de la misère humaine », affirme l’autrice, rappelant qu’une famille monoparentale sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour ces femmes prises entre deux « tunnels », celui du matin et celui du soir, la petite musique du quotidien est un métronome impitoyable. Dans cette course haletante composée de gestes mécaniques, la vie prend parfois la forme quasi exclusive de la survie. La métaphore du « trou » – celui du gouffre financier, du fossé dans lequel on sombre et qui peut mener à la dépression – revient à chaque fin de chapitre. Ce « chaos » de la parentalité n’est pas un « désordre » mais un vide métaphysique, une ouverture qui écartèle la personne, au point de la priver « de sa capacité subjective ».

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