Cinéma

La philosophe Elsa Godart a vu le film “Jeunes Mères” des frères Dardenne

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La philosophe Elsa Godart a vu le film “Jeunes Mères” des frères Dardenne

“Jeunes Mères”, de Jean-Pierre et Luc Dardenne. © Christine Plénus

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Le film Jeunes Mères des frères Dardenne, lauréat samedi du prix du Scénario au Festival de Cannes, plonge le spectateur dans le quotidien d’adolescentes qui élèvent leur enfant dans une structure dédiée. Nous avons demandé à la philosophe et psychanalyste Elsa Godart, qui a récemment publié Enfanter une étoile qui danse (Armand Colin), un livre sur la condition maternelle, d’aller le voir et de nous livrer ses impressions. Voici son analyse, sous forme de cri d’alarme.


Lorsque Philosophie magazine m’a proposée d’aller voir le film des frères Dardenne actuellement en compétition à Cannes et d’écrire un article sur le sujet, j’ai été ravie d’avoir une raison professionnelle pour « aller au cinéma ». Chose qui, dans le quotidien d’une maman solo, est plutôt rare, si ce n’est pour aller voir La Pat’Patrouille et Minecraft ! Cette proposition paraissait logique dans la mesure où je viens de faire paraître un ouvrage sur les dispositifs sociaux qui pèsent sur la condition maternelle. Au moment de réserver ma place, seuls quelques rares cinéma l’avait à l’affiche, dont celui d’Ivry, qui proposait même de le visionner gratuitement à condition de ramener un gâteau à déguster avec tout un groupe d’habitués après la séance. J’ai été touchée par cette solidarité. 

“Rien ne prépare à la rencontre sur grand écran avec l’une des dimensions les plus intimes d’un être humain : la maternité”

Dans la salle, une large majorité de femmes retraitées. Je suis incontestablement la plus jeune. Le film commence. Je pensais savoir à quoi m’attendre, j’avais déjà lu plusieurs articles à son sujet, certains très élogieux, d’autres plus réservés. Les frères Dardenne, c’est la version francophone de Ken Loach. Le film s’ouvre sur Jessica, une très jeune fille, enceinte, qui cherche une femme, sa mère, qu’elle n’a pourtant jamais vue. Le rendez-vous est manqué, Jessica repart avec son éducatrice dans la « maison maternelle » où elle vit. Il y a aussi Perla, hantée par un idéal de famille qu’elle n’a jamais connue ; Ariane qui cherche plus que tout à protéger sa petite Lili de la misère qu’elle a connue enfant ; Julie, ancienne toxicomane, amoureuse de Dylan et maman d’une petite Mia ou encore Naïma, dont on sait d’emblée qu’elle est tirée d’affaire. Plusieurs destins de très jeunes mères, essentiellement seules, qui vivent en ce lieu d’accueil pour les jeunes, victimes de négligences, de violences physiques ou psychiques. Éducateurs et psychologues accompagnent les premiers pas de ces mères encore enfants dans la maternité. 

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