“Étranger”, d’Umberto Curi : menace ou do, portrait d’une figure aux deux visages

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Certains le prennent pour cible, le brandissent comme un péril existentiel. D’autres, à l’inverse, considèrent sa présence comme une chance et entendent défendre ses droits. Lui, c’est l’étranger, figure hautement inflammable dont s’empare Umberto Curi. Professeur émérite à l’université de Padoue, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, sur la guerre, l’amour ou le cinéma notamment, ce philosophe italien est traduit en français pour la première fois, à 84 ans – mieux vaut tard que jamais. Incarnation de l’altérité radicale, l’étranger est abordé dans ces pages sous le sceau de l’ambivalence ; biface, celui qui vient d’ailleurs représente à la fois une « menace » et un « don ». Déjà dans l’Antiquité, montre l’auteur dans des analyses philologiques serrées, les termes pour le désigner sont frappés d’ambiguïté : le grec xenos et le latin hostis renvoient autant à l’hôte, à qui l’on doit le gîte et le couvert, qu’à l’ennemi potentiel. Toujours l’étranger trouble, inquiète par sa différence même – pas d’angélisme ici. Mais sur l’autre versant, celui du don, donc, l’étranger apporte quelque chose d’essentiel. Dans certains dialogues de Platon, il est celui par qui la vérité arrive ; c’est le cas dans le Banquet, où c’est une étrangère, Diotime, qui révèle l’essence de l’amour. Ou encore l’étranger permet à qui sait l’accueillir de cerner sa propre identité. Relisant une nouvelle de Camus intitulée L’Hôte ou se référant au thème de l’« hospitalité inconditionnelle » chez Derrida, Curi soutient que la confrontation avec l’autre nous « fait être » ; loin de nous submerger du dehors, l’étranger nous constitue du dedans – le « soi » se pose contre l’étranger, tout contre. Dès lors, le refouler constitue un « appauvrissement profond et irrémédiable ». À bon entendeur. 

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