“La Souffrance éthique”, de Christophe Dejours et Gabriel Perez : quand le travail nous diminue

Une recension de Apolline Guillot, publié le

Quand il a commencé à travailler sur la « souffrance éthique » dans les années 1980, Christophe Dejours la reliait à un sentiment de trahison des travailleurs vis-à-vis de leurs pairs. Un demi-siècle plus tard, le « tournant gestionnaire » du travail est passé par là : la souffrance ne naît plus de l’obligation de jouer les uns contre les autres, mais du sentiment de devoir bâcler son travail. Face à l’exigence du rendement quantitatif et à la standardisation des procédures, les travailleurs sont poussés à travailler en « régime dégradé », allant parfois jusqu’à maltraiter les usagers ou trahir les règles de leur profession. Les auteurs mettent au cœur de leur analyse les affects moraux qui traversent le monde professionnel. Loin d’être une simple question de performance, le travail réel est d’abord un rapport conflictuel entre les êtres humains et la matière qui leur résiste. De là naissent l’angoisse, la perte du contrôle, l’échec… mais aussi la possibilité de la « sublimation ». La souffrance, en somme, est « le point de départ de la mobilisation du génie de l’intelligence pour tenter de surmonter l’obstacle du réel ».

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