“Le Petit Homme dans ma tête qui m'empêcha de m’y mettre”, d’Olivier Haralambon : éloge de l’inaction

Une recension de Philippe Garnier, publié le

Dans The Big Lebowski, le film culte des frères Cohen sorti en 1998, le personnage principal est surnommé The Dude. Ce fossile de la période hippie survit dans un monde dévoré par la fièvre du travail et de l’argent. Lorsqu’un jour, quelqu’un s’avise de proposer au Dude un emploi, celui-ci répond « un quoi ? ». Cette attitude étrangère à toute idée de labeur, le narrateur du livre d’Olivier Haralambon l’incarne dans une sorte de double niché dans son cerveau et son corps, qu’il baptise Lee Mellon en hommage à Richard Brautigan, écrivain emblématique de la contre-culture américaine. Pourquoi ce dédoublement ? « Parce qu’il faut être au moins deux pour penser », écrit Haralambon qui associe étroitement humour, littérature et questionnement philosophique. Sorte de daimôn socratique qui occupe la conscience du narrateur, Lee Mellon rejoint une forme de perfection, celle du non-agir, de la procrastination perpétuelle. 

Ancien coureur cycliste professionnel, Olivier Haralambon a publié en 2021 Le Coureur et son ombre. Le sens de l’effort, sa valeur sociale et surtout la difficulté de connaître son propre corps : autant de questions qui traversent son œuvre. Cette fois, avec une légèreté apparente, il propose une inversion des valeurs. « Sauf à supposer quelque grave et brusque déséquilibre de son environnement, écrit-il, aucun animal ne s’épuise à se nourrir ou à se créer de nouveaux besoins. » Le travail épuisant est une aberration. Or il reste la valeur centrale de nombreuses sociétés contemporaines. Sans idéaliser la paresse, comme le peintre Kasimir Malevitch qui en avait fait l’horizon de la fin de l’histoire, ce livre invite cependant à desserrer l’étau. Immobilité et tranquillité ne sont pas synonymes d’inaction. « Quand je soustiens [suspends mon jugement], je ne bouge », écrivait Montaigne : l’immobilité est parfois la condition de l’activité suprême, qui consiste à bien juger.

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